Du 1er au 04 avril, toute la Gironde sera en effervescence. Toute ou presque, pour peu que vous soyez indifférent au grotesque qui n’a rien de pittoresque, voire allergique au microcosme viticole qui durant 4 jours se regarde encore plus le nombril que d’habitude. La danse des primeurs est une spécificité bordelaise qui date de 1970, initiée par le Baron Philippe De Rothschild. Durant cette Fashion week, les acheteurs potentiels, négoces et portes plumes se succèdent de châteaux en châteaux pour estimer la valeur du dernier millésime encore en élevage et qui ne se révélera pleinement et surtout véritablement que 2 ans plus tard. 

De la qualité de leur accueil, de leur gratification et de l’opulence des agapes, les missi dominici déduiront des notes censées informer sur la qualité d’un vin qui n’en est pas encore un. Notes et appréciations qui seront reprises dans la presse et sur la base desquels les propriétés annonceront leurs prix. 

Outre le fait que le breuvage servi aux goûteurs désignés n’a rien à voir avec le produit fini qui sera livré, parce que trop jeune, trop instable et fruit d’un assemblage opportuniste destiné à séduire dans l’immédiat, qu’on peut y voir là une mascarade dont le vignoble bordelais a le secret; c’est toute l’agitation autour de la représentation théâtrale qui est grotesque.

Pas besoin de calendrier la semaine ante primeurs, est reconnaissable à la présence des directeurs sur les propriétés pour veiller à ce que tout le monde s’affaire pour être prêt le jour J. Monopolisation des travailleurs des vignes dans les parcelles de bord de routes et d’entrées principales, qui doivent être tirées au cordeau et reluire. Personnel qui dès le lever de rideau sera relégué aux parcelles d’arrière boutique, aux travaux habituels. Cachés pour ne pas être vus, le vin se nourrit de prestige pas de misère. 

Oubliés les manquements à la législation sur le travail, oubliées les atteintes à la sécurité et à la santé des travailleurs, oubliée la pression exercée sur le personnel les 51 autres semaines de l’année, oubliée l’exploitation des travailleurs, oubliées les primes sous forme de faveurs et outils de chantage, oubliées les cadences de travail usantes, oubliées les pulvérisations de pesticides sur les écoles et les habitations, oubliée l’exposition des travailleurs à ces cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques, perturbateurs endocriniens, oubliées les pressions exercées sur les travailleurs blessés, oublié le refus des jours de congés, oubliés les salaires de misère….Oubliées les ruptures de contrat abusives, oublié le harcèlement moral…Aux primeurs, tout est beau tout est chic et prestigieux dans le monde merveilleux de la viticulture, même le vin s’en mêle, puisqu’il semble issu de vignes autonomes et grandissant seul en chai sans l’intervention de petites mains alors devenues invisibles. 

Comme chaque cuvée passée et comme les prochaines, le millésime 2018 sera l’année du siècle.  

Aucune amertume ne montera au nez des sbires, aucun arôme de folpel, glyphosate,  tebuconazole,  dimetomorphe, de cancer ou de mort, ne viendra gâcher la cérémonie où les prix sont déjà attribués avant toute représentation, aucune fausse note ne sortira de ce cirque où la seule inconnue reste la vraie qualité du vin, qui reste le maître de cérémonie et dont les consommateurs seront au final seuls juges. 

Durant ces 4 jours, les vins de Bordeaux vont être maquillés, embellis, arrondis, les saigneurs  vont tenter de revêtir leur plus belle tenue de gala et de transformer leurs goulags en palais, mais les festivités ne durent qu’un temps et la gueule de bois risque bien d’être violente pour les auteurs d’une mise en scène dont ils seront bientôt seuls spectateurs. 

Si le vin avait le goût des conditions de travail, il serait imbuvable.

Marie-Lys Bibeyran.

 

 

 

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2 Commentaires

  1. jean-pierre Weber

    29 mars 2019 à 19 h 22 min

    Bonjour

    Depuis que j’ai arrêté le vin conventionnel et également le vin bio j’ai une prostate de jeune homme et je tiens pour responsable les sulfites…. je ne bois plus que de temps en temps des vins SAINS et cela va très bien …
    Ceci pour rendre service à d’autres (nota j’ai arrêté également abricots secs et pruneaux qui contiennent énormément de sulfites )
    Et surtout plus de Bordeaux même SAINS il faut qu’ils apprennent à vivre
    A votre santé

    Répondre

  2. BikePower

    29 mars 2019 à 9 h 44 min

    Ceux qui savent n’en boivent plus, les autres doivent se réveiller, on ne peut pas border tout le monde…

    Répondre

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