La sentence pour l’ensemble des populations des communes agricoles vient de tomber et elle est sans appel. Ce sera entre 5 et 20m de distance dite de protection entre les habitations et les zones traitées avec des pesticides de synthèse. 20m si utilisation des pesticides les plus dangereux, mais selon quel critère ?  Cette notion de dangerosité ne semble assortie d’aucune définition. 5 ou 10m dans les autres cas, là aussi sans autres précisions. Voir à ce propos le communiqué de presse de l’Alerte Médecins Pesticides ici : https://www.alerte-medecins-pesticides.fr/wp-content/uploads/2019/12/2019-12-22-22h27___La-protection-des-riverains.pdf Distances qui pourront être réduites en cas de signature d’une charte départementale prévoyant le recours à du matériel de pulvérisation dit sans dérive. Par exemple en matière de culture viticole, comme dans le Médoc, si la charte actuellement envisagée par les autorités administratives girondines et les professionnels agricoles voit le jour, ce ne seront alors plus que 3m sur la base du nouvel arrêté qui sépareront les habitations des pulvérisations de pesticides. 

Pourtant les associations comme le Collectif Info Médoc Pesticides, Alerte Aux Toxiques, Alerte Pesticides Haute Gironde, ont plaidé la cause de la société civile et depuis longtemps. 200m sans aucun pesticide de synthèse c’est-à-dire avec application exclusive de produits homologués pour l’agriculture biologique, installation de manchons à air, information des habitants systématique et relayée par les mairies, amélioration et renforcement du dispositif de protection des écoles, crèches et autres lieux accueillant des personnes vulnérables…Font partie de nos revendications, jusqu’à présent pas entendues par nos interlocuteurs des pouvoirs publics comme des institutions viticoles. Voir notre communiqué de presse datant du mois de septembre ici :  https://documentcloud.adobe.com/link/track?uri=urn%3Aaaid%3Ascds%3AUS%3A376f6bca-5f4b-4560-937e-c160828e4ec3  

Concrètement, charte ou pas charte une seule et même réalité : la prochaine saison de traitement sera pour les habitants similaire à toutes les précédentes. Voire pire. Pire peut-être oui, parce que les comportements les plus dangereux, irrespectueux, risquent de voir dans ce nouvel arrêté ou dans la signature de ces chartes minimalistes, une validation de leur refus de partager le territoire avec leurs concitoyens. 

D’autant plus que ces projets de chartes sont discutés à huis clos, entre acteurs du modèle agricole chimiquement intensif et les autorités administratives locales. Pour le département de la Gironde, il a fallu toute la cohésion et la détermination des associations anti pesticides et du collectif qui les soutient, pour imposer leur présence et donc celle à travers elles, des populations exposées aux pesticides de synthèse. Après notre manifestation devant la Chambre d’Agriculture de la Gironde le matin même de la réunion du 12 décembre (voir photos ci-dessous) une tentative de division de notre collectif fut lancée, sans succès puisque les deux associations invitées à porter la parole de tous, ont refusé de participer le 16 décembre. Une autre réunion est prévue le 08 janvier à Bdx, cette fois vraisemblablement  en présence de nos associations. 

Ce comportement à notre égard nous démontre une volonté d’édicter leurs propres règles et d’y faire s’y plier leurs concitoyens. Pourtant face à la défiance qui s’est installée entre le monde agricole et la population, pas besoin d’être docteur en psychologie pour comprendre qu’ils creusent encore plus l’écart, en agissant ainsi. 

La Fnsea croit avoir trouvé son salut dans sa castanerisation de l’agriculture. Un p’tit tour en Bretagne avec le ministre de l’intérieur et voilà la milice agricole qui prend vie sous forme d’observatoires de l’agribashing. Agribashing, la dernière invention de la Fnsea pour se victimiser à la place des véritables victimes de son modèle agricole. Toute atteinte verbale ou autre au monde agricole serait répréhensible. S’il n’est pas question de cautionner les actes criminels quels qu’ils soient, cet agribashing nous semble représenter une dérive vers la judiciarisation de toute critique  de ce modèle de production, y compris de l’utilisation des pesticides de synthèse, de l’exposition et de la contamination des travailleurs, comme des habitants, des enfants…

Pour preuve le communiqué de presse qui émane de la préfecture de la Gironde et qui annonce la création de cet observatoire :

                                            Bordeaux, le 20 décembre 2019

Communiqué de Presse 

Mise en place de l’observatoire de l’agribashing en Gironde

Fabienne BUCCIO, préfète de la Gironde, a installé jeudi 19 décembre 2019, l’observatoire départemental de l’agribashing qui réunit les services de l’État (police, gendarmerie, DDTM, DDPP), la chambre d’agriculture, les syndicats agricoles et professionnels avec l’objectif de disposer d’un état des lieux exhaustif des problématiques de sécurité rencontrées par les agriculteurs et d’élaborer des solutions communes, efficaces et concertées.

 En Gironde, comme partout en France, la stigmatisation des activités agricoles, d’élevage et de vente de produits issus de ce secteur communément appelée « agribashing », conduit à une multiplication des actes d’incivilité, d’intimidation voire de violence envers les professionnels en lien avec l’agriculture, notamment sous l’action de groupuscules parfois radicaux et violents.

 On constate ces dernières années une augmentation des actions à but idéologique ou visant à nuire à l’image du monde agricole comme la réalisation et diffusion en novembre dernier de vidéos tournées sans autorisation au sein d’un élevage porcins de Saint-Symphorien par une association de défense de la cause animale afin de dénoncer la castration (conforme au cadre réglementaire) des porcelets, ou encore, les actions des associations animalistes qui ont visé l’abattoir de Bazas quelques mois auparavant.

 Dans le bordelais, l’agribashing est également perçu comme une conséquence du « Bordeaux bashing ». La dénonciation des produits autorisés en agriculture et en particulier en viticulture par un certain nombre de collectivités ou d’associations, est considérée par beaucoup comme le point de départ des difficultés rencontrées par les agriculteurs qui cohabitent avec des zones résidentielles.

 Par ailleurs, les exploitations agricoles sont victimes d’atteintes aux biens ciblés (vols de GPS, de tracteurs …). Sur les 10 premiers mois de l’année, 279 faits d’atteintes aux biens commis au préjudice des exploitations agricoles ont été recensées par le groupement de gendarmerie de la Gironde, ce qui représente 1,41 % de la délinquance d’appropriation. 137 de ces faits sont des vols commis sur les exploitations (vols de petits matériels, de métaux, de carburants, de produits phytosanitaires voire de récoltes).

 L’observatoire de l’agribashing veillera en priorité à détecter les menaces, évaluer leur intensité et leur évolution potentielle. Un dialogue constant avec les syndicats agricoles et professionnels, la veille des réseaux sociaux et le suivi de groupuscules radicaux, lorsqu’il y en a, permettront de mieux anticiper les menaces.

 En vue de prévenir et de neutraliser toute menace, il agira sur 3 volets :

  • la prévention avec des patrouilles renforcées, l’engagement des référents sûreté, etc ;
  • l’information via les réseaux sociaux et les médias locaux ;
  • l’action judiciaire (recoupement, utilisation de moyens de captation, aide au dépôt de plainte,etc) en lien avec le parquet.

 Il a été décidé d’une stratégie collective :

  • identification de référents dédiés au sein de la gendarmerie et de la police ;
  • la mise en place d’un réseau « sms » pour transmission aux agriculteurs d’informations utiles ou de prévention ;
  • mobilisation autour d’actions positives qu’elles soient pédagogiques au sein de l’éducation nationale ou auprès du grand public pour valoriser les produits locaux (circuit court, journées « portes ouvertes ».

 Pour lutter contre le phénomène d’agribashing, les forces de l’ordre s’appuieront sur la cellule nationale de renseignement et de rapprochement judiciaires (DEMETER) créée au mois d’octobre par la gendarmerie nationale.

 « La dénonciation des produits autorisés en agriculture et en particulier en viticulture par un certain nombre de collectivités ou d’associations, est considérée par beaucoup comme le point de départ des difficultés rencontrées par les agriculteurs qui cohabitent avec des zones résidentielles. »  Nos associations sont expressément visées. 

Pour autant, s’il ne changent rien, nous ne changerons rien. Nos alertes sont confortées par des dizaines d’études scientifiques mais surtout malheureusement par les faits, par vos témoignages qui font état d’une augmentation des pathologies chroniques. La chute vertigineuse de la biodiversité, la pollution générale de l’atmosphère, y compris en des lieux éloignés des zones agricoles, sont désormais réalité.

Si nos adversaires préfèrent s’autoprotéger par la prise de mesures visant à nous criminaliser, plutôt que d’unir leurs moyens et leurs forces pour sauver ce qui peut l’être, c’est triste mais nous ne nous y attarderons pas. 

Porté par votre soutien et par l’enjeu plus que dans la crainte d’une judiciarisation de ses actions, voire publications, le Collectif Info Médoc Pesticides vous assure de sa toujours plus grande détermination à obtenir l’interdiction définitive des pesticides de synthèse. 

 

A très vite, 

Marie-Lys Bibeyran, pour le Collectif Info Médoc Pesticides.

 

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