Député de la circonscription du Médoc, Benoit Simian m’a adressé en date du 04 décembre un courrier par voie postale, visant à m’informer de la création par sa majorité d’un fonds d’indemnisation des victimes des pesticides.

Voici son courrier : 

Courrier Benoit Simian FIVP 01 Courrier Benoit Simian FIVP 02

 

Voici ma réponse, que je lui adresse  par mail et par voie postale :

 

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Collectif Info Médoc Pesticides

Marie-Lys Bibeyran

…..                                                                                                                                                                                       Listrac-Médoc le 22 décembre 19,

Monsieur  le Député de la Gironde Benoit Simian,  

17-19 Avenue de Bordeaux,

Drayton Square,

33340 Lesparre-Médoc

 

Monsieur le Député, 

J’accuse réception de votre courrier en date du 04 décembre, souhaitant porter à ma connaissance la création de ce qui est présenté par votre majorité et donc par vous-même comme une avancée, le fonds d’indemnisation des victimes des pesticides.

Sachez que depuis mai 2011 que je lutte ardemment contre l’utilisation des pesticides issus de la chimie de synthèse, j’ai appris à me méfier de ce qui pourrait avoir l’apparence de bonnes intentions.

Encore une fois, les faits et votre majorité politique me donnent raison.

Si le dispositif mis en place par l’article 46 de la loi de financement de la sécurité sociale 2020 porte le nom de « fonds d’indemnisation des victimes des pesticides » il s’agit au mieux d’une erreur due peut-être à une méconnaissance de l’ampleur des conséquences humaines du scandale sanitaire des pesticides au pire d’une tromperie délibérée.

Quelle structure d’indemnisation de victimes serait crédible sans une prise en charge de la totalité d’entre elles ? Or dans ce que vous présentez comme une avancée, aucune place pour les non professionnels pourtant largement exposés aux effets de ces molécules de synthèse, en dehors des enfants si leur mère a été exposée durant la grossesse, alors qu’il est scientifiquement établit que l’exposition maternelle antérieure à la grossesse peut aussi être en cause.

Pis, même l’ensemble des professionnels ne pourra prétendre à une indemnisation puisque seuls sont considérés ceux relevant du régime agricole. Quid des agents territoriaux ?! Des affiliés au régime général ?!

La seule évolution est l’alignement de l’indemnisation des exploitants agricoles sur celle des salariés, pour lesquels rien de plus ne sera proposé par rapport à leur prise en charge actuelle au titre des AT-MP.

Quelle structure d’indemnisation de victimes serait pertinente sans une prise en charge financière de la totalité des préjudices subis ? Or, ce semblant de fonds n’indemnisera que le préjudice physique des personnes malades des pesticides. Si ce paramètre est conséquent il n’est pas le seul à prendre en considération. Quid du préjudice moral subi par le travailleur atteint dans la force de l’âge ? Du préjudice psychologique ? De l’atteinte dans sa dignité de père ou de mère de famille subvenant aux besoins de sa famille ? Quid de la perte de chance de vieillir autonome et en bonne santé ? De la douleur physique devenue compagne de survie ? Du préjudice d’anxiété ?

Si ces préjudices ne sont pas pris en compte par ce fonds, c’est peut-être aussi parce qu’ils ne sont pas chiffrables.

C’est là, la terrible réalité qui vous dépasse Mr le Député, ce n’est pas une affaire d’argent.

D’ailleurs comment cela pourrait-il l’être ? Comment et à combien estimer des pertes irréversibles ?

Combien pour un cancer ? Combien pour un Parkinson ?

Combien pour une maladie de Charcot ?

Combien pour un bébé mort-né ?

Combien pour un enfant né sans main ?

Combien pour une atrésie de l’œsophage ?

Combien pour la perte d’un père, d’un frère, d’un fils ? !

Comme beaucoup trop d’autres, en ces jours de fête encore plus que d’habitude, ma famille et moi-même connaissons ce prix. C’est celui que nous payons chaque jour depuis le 12 octobre 2009 pour mon frère et le 25 juillet 2017 pour ma chère maman, celui des chaises éternellement vides.

Vous proposez de prendre aux fabricants de pesticides de synthèse, ce qui leur est le moins préjudiciable en compensation de ce que nous avions de plus cher au monde, un proche ou notre santé.

Tout ce dont ont besoin les victimes et leurs familles, c’est de justice qui ne peut passer que par la condamnation pénale de tous les coupables, TOUS sans exception. De ceux qui ont fabriqué à ceux qui n’ont pas protégé, en passant par ceux qui ont autorisé et laissé faire. Alors des plaies béantes pourraient cicatriser, et nous pourrions à nouveau croire en notre pays et en la vie.

Monsieur le Député, lorsque dans les prochains jours vous serez entouré de ceux que vous avez de plus précieux en ce monde, regardez les bien attentivement et demandez-vous pour quelle somme d’argent vous accepteriez leur perte, et surtout ne revenez plus jamais me parler d’argent, qui plus est provenant des mains sanguinolentes de ceux que votre majorité a fait le choix de protéger.

Marie-Lys Bibeyran,

pour le Collectif Info Médoc Pesticides.

 

 

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