Le Roundup a été « un facteur substantiel » dans le cancer d’Edwin Hardeman. C’est ainsi que vient de se prononcer un jury fédéral américain concernant un septuagénaire atteint d’un lymphome non hodginien après avoir utilisé régulièrement l’herbicide pendant plus de trente ans. Même s’il ne s’agit là que de la première phase d’un procès, cela ouvre la voie à l’examen de la responsabilité de Monsanto et n’est pas sans rappeler la condamnation historique de la firme dans l’affaire du jardinier Dewayne Jonhson. C’est surtout loin d’être le dernier round des aventures judiciaires de Monsanto récemment acquis par Bayer, puisque ce sont environ 11 000 malades américains qui poursuivent le monstre de l’agrochimie mortifère.

https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/03/20/etats-unis-un-jury-juge-a-nouveau-le-desherbant-roundup-cancerigene_5438484_3244.html

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/08/08/portrait-de-dewayne-johnson-l-americain-qui-attaque-monsanto_5340633_1650684.html

Et en Europe ?

En France, la famille Grataloup a attaqué Monsanto en justice suite à l’atrésie de l’oesophage dont est atteint Théo. Malformation congénitale due aux effets tératogène du Roundup, que Sabine la maman de Théo a appliqué alors qu’elle était enceinte (ce qu’elle ignorait) et croyant avoir opté pour un herbicide biodégradable et inoffensif. Souvenons-nous de la publicité de la firme affirmant que l’herbicide était moins dangereux que le sel de table ou l’aspirine (Le Monde 28 octobre 2015). Voir ici :  https://www.liberation.fr/futurs/2018/06/12/glyphosate-le-long-combat-d-une-famille-contre-monsanto_1658621 

Paul François poursuit également Monsanto depuis plus de 10 ans, pour la responsabilité d’un autre herbicide (rien à voir avec le glyphosate) le Lasso. Alors qu’il avait remporté la bataille devant la Cour d’Appel de Lyon, la firme s’est pourvue en cassation et a obtenu le renvoi devant la même Cour d’Appel, l’audience a eu lieu le 06 février dernier et la décision sera rendue très prochainement. Voir ici : https://reporterre.net/Quatrieme-proces-de-l-agriculteur-Paul-Francois-contre-Monsanto 

Le Roundup, c’est quoi au juste ? 

Le nom commercial sur le marché depuis 1974, d’un des herbicides à base de glyphosate, mais pas le seul puisque ce sont + de 750 formulations commerciales herbicides qui en contiennent, fabriquées par 90 firmes agrochimiques différentes. Le brevet de Monsanto étant désormais dans le domaine public. Le glyphosate est avec + de 800 000 tonnes par an, l’herbicide le plus vendu au Monde, notamment du fait des cultures génétiquement modifiées pour être résistantes au Roundup, cultivées essentiellement en Argentine (21 millions d’hectares), au Brésil et aux USA.  En France,  ce sont tout de même 9000 tonnes qui sont écoulées chaque année dont 8000 par les agriculteurs et 1000 par les particuliers, du moins avant le 1er janvier 2019 puisque l’utilisation de pesticides par les non professionnels est depuis interdite. A noter que la SNCF est aussi utilisatrice de l’herbicide.

Le cirque funeste des avis des agences de sécurité sanitaire.

En mars 2015 le CIRC (Centre International de Recherche contre le Cancer), organisme de l’OMS Organisation Mondiale de la Santé , classe le glyphosate cancérogène probable pour l’Homme sur la base de 350 études scientifiques indépendantes. A noter qu’en même temps, ils rappellent qu’en 1985 lorsque l’agence de sécurité sanitaire américaine l’EPA, a évalué le glyphosate, il a d’office était classé cancérogène !

 

En Novembre 2015, l’EFSA (…)déclare quant à elle « pas de lien de causalité entre l’exposition au glyphosate et le développement du cancer chez les humains » et que celui-ci ne serait pas un Perturbateur Endocrinien.  

Le 15 mars 2017, l’ECHA (Agence Européenne des Produits Chimiques) se prononce à son tour : »le glyphosate est une substance causant des lésions oculaires graves, toxiques sur le long terme pour les organismes aquatiques, mais il n’est pas cancérogène, mutagène et toxique pour le reproduction ».

Le 12 février 2016 c’est l’ANSES (…) qui déclare ne pas avoir suffisamment de preuves pour classer le glyphosate comme potentiellement cancérogène pour l’Homme. Mais juge « préoccupant l’effet cocktail entre la matière active (le glyphosate) et un de ses adjuvants (la tallowamine). 

Le 20 juin 2016, l’ANSES retire l’Autorisation de Mise sur le Marché de 126 herbicides associant glyphosate et tallowamine, pour « risques inacceptables, notamment   pour la santé humaine, ne pouvant être exclus pour ces produits ».

Si le Roundup contient du glyphosate, il est aussi composé et au même titre que tous les autres pesticides, de coformulants. Ces derniers sont des composés chimiques qui sont ajoutés pour décupler les effets de la substance active (ici le glyphosate), ils sont difficiles à identifier puisque couverts par le secret industriel. Petit retour ici sur la procédure d’homologation pour bien comprendre de quoi on parle. Les fabricants, (c’est-à-dire la firme à l’origine du pesticide) déposent une demande d’autorisation de mise sur le marché auprès de l’EFSA (Agence européenne de sécurité sanitaire) pour la substance active du pesticide. Pour cette procédure ils fournissent des études qu’ils ont eux mêmes dirigées et payées, censées prouver l’innocuité du produit. Si l’EFSA autorise la mise sur le marché de la substance active en question, ce sont les agences de sécurité sanitaire de chaque Etat membre (pour le France l’Anses et pour l’Allemagne BFR, par exemple), qui vont alors examiner la demande de mise sur le marché de la formulation commerciale c’est-à-dire du pesticide tel qu’il sera vendu et utilisé. Mais sous prétexte de secret industriel, la composition exacte du produit autorisé n’est jamais connue. 

En ce qui concerne la composition du Roundup, le Professeur Gilles-Eric Séralini et son équipe ont mené une étude qui leur a permis de découvrir que la principale dangerosité du produit viendrait de ses coformulants plus que de sa substance active. Ils ont analysé différentes formulations à base de glyphosate dont le célébrissime Roundup et ont constaté la présence d’arsenic, de plomb, de cobalt, de nickel qui sont cancérogènes perturbateurs endocriniens et de résidus de pétrole très toxiques. Voir ici :  https://reporterre.net/Les-additifs-du-Roundup-sont-plus-dangereux-que-sa-substance-active 

Et attention le plus intéressant :

Le glyphosate testé seul n’est pas toxique pour la plante donc n’a pas d’effets herbicides aux doses agricoles, alors que les coformulants eux le sont ! Testés sur les cellules humaines, ces derniers sont beaucoup plus toxiques que le glyphosate seul, puisque capables par exemple de détruire des cellules humaines du rein en 1h30, en laboratoire…

Problème : c’est bien le glyphosate qui est déclaré comme substance active et du coup l’objet de toutes les attentions, pendant ce temps les herbicides sont toujours autorisés, continuent de tuer à petit feu dans le Monde entier et Monsanto et consorts s’enrichissent. 

Voilà de quoi expliquer et non justifier la différence d’évaluation du Circ et de l’Efsa. Le Circ a analysé la formulation commerciale (glyphosate + coformulants) pendant que l’Efsa ne testait que le glyphosate et c’est vrai il n’est pas cancérigène seul…

Pourtant des études, il n’en manque pas…

Toujours le Professeur Séralini, montrait en septembre 2012 via son étude sur les rats, nourris pendant 2 ans avec du maïs OGM NK 603, ou du maïs OGM NK603 traité au Roundup ou du maïs non OGM traité avec du Roundup que les mortalités étaient plus rapides et plus fortes au cours de la consommation de chacun des 2 premiers produits. A la dose la plus faible de Roundup, il observait 2.5 fois plus de tumeurs mammaires. 

Image Etude Séralini Rats Roundup

Déjà en 2002, le Professeur Robert Bellé, au sein de la Station Biologique de Roscoff, avait mis en évidence les « effets génotoxiques et donc la cancérogénicité probable du glyphosate sur l’embryon d’oursins ». « Il lui aurait alors été demandé de ne pas communiquer auprès du public afin de ne pas inquiéter les gens. » 

Voir :  https://documentcloud.adobe.com/link/track?uri=urn%3Aaaid%3Ascds%3AUS%3Abe37a4c4-ade3-4618-a5eb-6c0a72326505 

Dans cette note vous découvrirez toutes les jolies vertus du glyphosate et de ses petits camarades dits inertes et tenus secrets, démontrées par des études toutes citées : genotoxique, cancérogène,  neurotoxique, perturbateurs endocrinien…

On peut aussi citer le témoignage édifiant et poignant de Fabian Tomasi dans le documentaire sans appel de Marie Monique Robin « Le Roundup face à ses juges », à voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=nhRO0sJpyY8 

Tout récemment ce lundi 18 mars fut publiée une étude de grande envergure. Une quinzaine d’épidémiologistes se sont penché sur les liens entre pesticides et lymphome non hodgkinien (LNH). Ils ont analysé les données concernant plus de 315 000 agriculteurs suivis pendant 10 ans en moyenne. Ils ont surveillé leur exposition à 33 pesticides différents pour évaluer le surrisque de contracter un LNH en fonction de chaque pesticide. Résultats : 2 insecticides (Terbuphos et Deltamethrine) augmentent le risque plus un herbicide = le glyphosate ! Qui induit un surrisque de 36% de développer un LNH. La particularité de cette étude est l’évaluation de l’exposition des agriculteurs avant le diagnostic de la maladie.

Voir ici : https://documentcloud.adobe.com/link/track?uri=urn%3Aaaid%3Ascds%3AUS%3A9d7d779b-9713-4b11-adbb-a24483bd69c4  

Comment cet herbicide a-t-il pu être ré autorisé ?!

Avant de parler de la ré-autorisation par l’EFSA, il nous faut faire un petit retour par les Monsanto Papers. Carey Gillam journaliste et Kathryn Forgie avocate ont obtenu dans le cadre d’une procédure devant les tribunaux américains, la déclassification de documents confidentiels internes à la firme Monsanto. Ces millions d’écrits ont révélé la pratique du Ghostwritting notamment, c’est-à-dire « écriture fantôme ». Monsanto faisait rédiger des études scientifiques conformes à ses intérêts et les faisait signer par des scientifiques réputés moyennant rémunération. D’autres pratiques ont également été mises en lumière comme le discrédit systématique sur des études prouvant la dangerosité du glyphosate, les influences auprès de responsables de l’EPA(agence de sécurité sanitaire américaine)….Notamment auprès de Jess Rowland, un des hauts responsables de l’EPA. Ainsi lorsqu’en 1985, le glyphosate est classé cancérogène (catégorie C), Monsanto convainc Jess Rowland de le passer en catégorie E = inconnu !

Lors de la ré-autorisation du glyphosate à l’échelle européenne, c’est l’agence de sécurité sanitaire allemande la BFR, qui a été chargée de produire l’expertise préliminaire sur la molécule. Ce rapport est le fondement même de la décision de ré autorisation du glyphosate par l’EFSA, pour 5 ans. Or, il se trouve que la presse a ultérieurement révélé que ce rapport est un plagiat du dossier d’homologation du glyphosate, fourni par Monsanto lui-même !

Voir ici : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/15/glyphosate-l-expertise-de-l-ue-minee-par-le-plagiat_5409233_3244.html

C’est ainsi que nous nous retrouvons avec des herbicides à base de glyphosate, banalisés de par l’image renvoyée par les publicités de Monsanto et son autorisation pour l’usage domestique, encore en circulation pour 5 ans minimum. Le glyphosate est la première molécule détectée dans l’eau et dans l’air, tout est contaminé et en tant que consommateurs nous en avons tous dans notre sang et dans nos urines. Les consommateurs de produits Bio le sont beaucoup moins mais ne sont pas totalement épargnés. Le gouvernement français qui devait l’interdire d’ici 3 ans, ne voit finalement pas comment s’en passer et repousse l’échéance à 5 ans. 

D’où l’intérêt de participer à la Campagne Glyphosate, lancée par une association de faucheurs volontaires et consistant en une analyse d’urine avec possible dépôt de plainte contre les fabricants et les pouvoirs publics. Voir ici :  http://infomedocpesticides.fr/2019/03/20/campagne-glyphosate-jai-des-urines-dans-mon-glyphosate-et-toi/

 

Marie-Lys Bibeyran.

 

 

 

 

 

 

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Un commentaire

  1. Simon Patricia

    20 mars 2019 à 17 h 26 min

    Bonjour,

    la recherche du glyphosate dans nos urine est elle remboursée par la sécu?
    Merci pour votre réponse ;

    Répondre

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