Les chiffres sont tombés, les ventes et donc l’utilisation de pesticides ont augmenté.  Comment s’en étonner ? Les moyens ont-ils été mis en oeuvre pour inverser la tendance ? Par moyens entendre, déploiement de budgets pour la formation, l’accompagnement technique et financier, la promotion des alternatives existantes et efficaces…Pourtant de l’argent a été injecté dans les plans Ecophyto 1 2008-2018, Ecophyto 2 2015-2025 et bientôt 2+. A la lecture des ambitions timorées portées par les initiateurs ont ne croyait pas beaucoup à un miracle. Il n’aura pas eu lieu. Les prévisions étaient à -50% en 2018, or entre 2009 et 2017, le nombre de doses d’unités de pesticides utilisés (NODU) a augmenté de +12.4% ! Pour la décennie 2015-2025, les objectifs de -25% en 2020 et -50% en 2025 s’éloignent inexorablement… Si en 2016, le NODU a diminué ( il était alors de 93.9 millions) en 2017 il est à 94.2 millions ! Pendant cette période (2016-2017) l’utilisation des CMR 1 (cancérigène, mutagène, reprotoxique avéré !) aurait diminué de 6% pendant que celle des CMR2 (cancérigène, mutagène, reprotoxique supposés, ouf !) aurait augmenté elle de 6% ! Remplacer un CMR avéré par un CMR supposé, voilà qui fait passer notre certitude d’avoir un cancer, à une probabilité forte. On respire. 

Pour tenir les objectifs du plan Ecophyto 2, à savoir -25% en 2020 (NODU à 66.5  millions) soit dans 2 petites années, il faudrait utiliser 27.7 millions de doses d’unités de pesticides en moins qu’en 2017 ! Tout repose sur les épaules du plan Ecophyto 2 + et d’un ministre qui attend toujours les preuves de la dangerosité de ces armes chimiques.

L’affaire de l’intoxication de 70 personnes au Metam sodium, nous a cependant prouvé qu’il est possible de faire preuve de réactivité en matière de pesticides. Mais est-ce que cela suffit ?!

La molécule est désormais interdite en France. Suite à des cas d’intoxication en septembre-octobre dans le Maine-et-Loire, riverains et salariés agricoles avaient été intoxiqués par des émanations du pesticide suite à son application sur des cultures de mâche. D’abord interdit temporairement, c’est l’Anses qui a porté le couperet aux autorisations de mise sur le marché des formulations commerciales comportant du Metam sodium. Si on ne peut que se réjouir de cette mesure réactive, on peut aussi se demander pourquoi une telle bombe chimique à retardement était encore autorisée ?! Combien de consommateurs ont mangé de la mâche empoisonnée au Metam sodium ? ! Combien de riverains et de travailleurs agricoles ont été intoxiqué de manière chronique avec cette molécule ? On interdit et on oublie ?! il risque d’être difficile d’oublier ces expositions chroniques, pour les premiers concernés, au vu du palmarès effrayant de cette molécule : à la fois fongicide, insecticide,herbicide et nématicide, le metam sodium était appliqué à haute dose : entre 300 et 1200 litres par hectare, soit plus de 700 tonnes par an en France. « L’Anses indique dans Libération que le métam-sodium « présente des effets irritants, sensibilisants et corrosifs pour la peau, les voies respiratoires et les yeux ». Un rapport, remis en décembre 2017 au gouvernement français, désigne le métam-sodium comme l’une des « substances les plus utilisées et identifiées comme les plus préoccupantes » avec le metsulfuron méthyle et le sulcotrione, rappelle l’AFP. La Commission européenne, qui autorise le produit, le considère comme « très toxique pour la vie aquatique avec des effets à long terme ». Et la France a déjà fait l’expérience de cette toxicité : en 2010, un agriculteur a contaminé une rivière du Finistère sur 12 kilomètres après avoir utilisé du Trimaton, un produit à base de métam-sodium désormais retiré, sur sa parcelle agricole. Plusieurs organisation avaient dénoncé cette pollution, qui aurait détruit 130 tonnes de truites dans une pisciculture. Aux États-Unis, en 1991, le déraillement d’un train avait engendré le rejet de 72.000 litres de métam-sodium dans la rivière Sacramento, tuant toute vie sur 50 kilomètres en aval. » Que vont devenir ces travailleurs agricoles et riverains, lorsqu’ils seront malades des suites de leur exposition ? Seront-ils indemnisés ? Combien pour la perte de chance de vivre en bonne santé, combien pour un cancer ? combien pour un Parkinson ? combien pour une stérilité ? combien pour le cancer d’un enfant ?! 

 Si une telle mesure d’interdiction est possible dans le Maine-et-Loire, l’est-elle dans un autre département? comment expliquer que lors de l’incident de Villeneuve de Blaye en mai 2014, la préfecture n’est pas suspendu les autorisations de mise sur le marché pour les pesticides ayant intoxiqué les élèves, qui jouaient dans la cour de récréation au moment ou ils ont été pulvérisés ? Ces enfants avaient alors été victimes de malaises, et une institutrice avait dû être hospitalisée. Les prérogatives des préfets sont-elles fonction des lobbys viticoles ou agricoles locaux ?! là encore, quel suivi pour les enfants et l’institutrice intoxiqués ?! 

Il est une autre affaire en lien avec les pesticides, qui défraie la chronique : les cas d’agenesie des membres supérieursou les bébés nés sans bras. De la suppression des financements attribués au REMERA (Registre des malformations en Rhône Alpes) ayant commis la faute de donner l’alerte au licenciement d’Emmanuelle Amar, l’épidémiologiste ayant recensé l’excès de cas et l’ayant médiatisé, il est difficile d’avoir une vision limpide sur le nombre exact de bébés concernés. 3 départements seraient concernés : l’Ain, la Loire Atlantique et le Morbihan. Dans l’Ain, il y aurait eu 8 cas entre 2009 et 2014 sur 17km en zone rurale. un taux 50x plus élevé que la « normale ».En Loire Atlantique, 3 cas entre 2007 et 2008 à 15km de Nantes. Dans le Morbihan, à Guidel précisément, 3 cas entre 2011 et 2013. Lors de la réunion publique qui s’est tenue dernièrement à Guidel, des familles se sont fait connaître, elles sont concernées par l’agenesie mais pas recensées car habitent en dehors de Guidel….à quelques km de là. Combien y-a-t-il de cas exactement de cas, le saurons-nous un jour ?! 

Toutes ces familles ont pour point commun, de vivre en zone rurale. A proximité de champs de culture. Je connais personnellement une famille du Médoc, dont la petite fille est née sans la main droite…sa maman travaille dans les vignes…

J’imagine le soulagement de ces familles de savoir qu’elles ne sont pas seules, mais aussi leur détresse face à cette injustice sans fatalité, liée à une proximité entre leur cocon et des zones de cultures agricoles. Leur colère face à l’inertie des pouvoirs publics, leur impuissance et leur incompréhension face à l’impunité des responsables. 

Comme dans chaque drame lié aux pesticides, il y a des responsables coupables. Il nous faut à nous familles de victimes, à eux travailleurs agricoles et riverains malades, apprendre à vivre avec ces empoisonnements qui resteront impunis. 

Un jour prochain, l’agriculture française survivra aux pesticides mais quid de ces milliers de vies sacrifiées, amputées ?!

Marie-Lys Bibeyran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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