Aux nouvelles du jour portées par le quotidien local qui se fait régulièrement le messager seigneurial, « les châteaux investissent dans les cours d’écoles »…

Article écoles Pauillac

Le Collectif Info Médoc Pesticides s’insurge de ces pratiques, ce pour de multiples raisons.

Tout d’abord le titre nous interpelle « investissent » or lorsqu’on fait un investissement, c’est qu’on en attend quelque chose en retour. Nous nous interrogeons donc ici sur la nature de ce que peuvent attendre ces généreux donateurs en contrepartie ? Nous avons plusieurs pistes :

-Peut-être espèrent-ils l’indulgence des parents de ces jeunes enfants, lorsque ceux ci subiront les effets sanitaires dévastateurs des pesticides qu’ils ne manqueront pas de pulvériser sur leurs vignobles, dont certains sont justement à proximité de ces écoles, ou de leurs habitations.  Une belle cour de récréation toute neuve contre un peu de mauvais santé, ou au minimum une hypothèque de celle-ci, la renommée et le prestige pauillacais ne valent-ils pas quelques sacrifices?!

-Mais on peut aussi se demander pourquoi ces sommes ne sont pas attribuées à une conversion des dits domaines vers une viticulture sans pesticides ? Pourquoi au lieu de rénover des cours de récréation dans lesquelles les enfants seront contaminés par les résidus de pesticides, tout n’est pas mis en oeuvre pour supprimer cette exposition ?

-A moins qu’ils n’attendent en retour une plus grande docilité et discrétion de la part de leurs travailleurs dont les enfants vont jouir de ces rénovations ? justifiant dans le même temps l’absence d’augmentation pour cette année et celles à venir. Les infrastructures privées Saint Jean cofinancées par ces mêmes donateurs, sont ainsi accessibles aux enfants des travailleurs à tarifs préférentiels. Quels parents ne se sacrifieraient pas pour le bien-être de leur  progéniture ? ! 

-Et si tout cela n’était orchestré que dans le but d’améliorer l’image de la viticulture ? entre la médiatisation sur les pesticides, les affaires de tromperie sur le vin, le couloir de la misère qui sort enfin de l’obscurité (sortie mercredi 03 octobre du livre d’Ixchel Delaporte sur le contraste saisissant entre la viticulture et ses petites mains « Les raisins de la misère », à lire absolument), le monde viticole doit sentir son piédestal se fragiliser. N’est-il pas en effet surprenant de faire une telle publicité sur un acte soi disant généreux (voir contenu de l’article) ? La générosité n’est-elle pas plus sincère lorsqu’elle se fait dans l’ombre, justement parce qu’elle en paraît plus désintéressée ?!

-Lorsqu’on connait les conditions de travail et le salaire des travailleurs des vignes, qui pour améliorer leur quotidien doivent se plier à des cadences infernales exigées par la perversité des primes de rendement, au mépris de leur santé et de leur probabilité d’atteindre l’âge de la retraite, lorsqu’on constate les conditions dans lesquelles survivent les travailleurs saisonniers, abandonnés à leur triste sort, sans logement, sans accès à l’hygiène, on peut se demander pourquoi cet argent n’est pas utilisé en faveur de ces petite mains. 

A qui profite le don ?!

« On se demande » mais pas longtemps, il est aisé de comprendre que le prestige qu’en retireraient les châtelains serait moindre parce que le retentissement en serait moindre, et surtout un point essentiel pas mentionné par la journaliste, dont il est difficile de croire que c’est involontaire, l’exonération d’impôts. Tout don consenti par le saigneur au fond de dotation est exonéré d’impôt à hauteur de 60% du montant du don, au titre du mécénat ! En parlant d’impôt, nous rappelons que l’activité viticole est exonérée de Contribution Economique Territoriale (CET qui remplace la taxe professionnelle), ce qui pourtant profiterait aux collectivités territoriales. Au lieu de cela, les propriétés viticoles alimentent la misère locale, de par les bas salaires versés à leurs travailleurs, la raréfaction des contrats à dure indéterminée et l’augmentation des contrats précaires, et se comportent comme des sauveurs de ces mêmes communes devenues pauvres. 

Au delà de toutes ces raisons, le Collectif Info Médoc Pesticides s’insurge de ce comportement de la part des propriétés viticoles qui semblent encore considérer que comme au Moyen-Age le territoire leur appartient. A la différence qu’un vent de révolte se lève et que la tempête semble désormais inéluctable. 

Marie-Lys Bibeyran.

 

 

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