La problématique des pesticides pulvérisés sur les vignes est aujourd’hui connue de beaucoup de gens y compris-voire surtout-sur le bordelais et le Médoc, grâce au travail des associations et collectifs. La prise au piège de ces molécules issues de la chimie de synthèse et de leurs effets mortifères, à la fois des travailleurs des vignes, des populations locales, des enfants y compris dans leur salle de classe et cour de récréation n’est plus ignorée de la société civile. Rien n’est résolu et l’on peut être dubitatif voire pessimiste sur une solution réelle, face à l’enfermement de la profession et des institutions sectaires qui la gouvernent; mais il est désormais difficile à tout viticulteur utilisateur de pesticides, d’échapper aux interrogations insistantes des consommateurs sur son mode de culture. 

L’activité viticole engendre d’autres perversités qui peinent, à sortir de l’ombre.

Le « couloir de la pauvreté » cette cohabitation entre richesses et précarité extrêmes d’une part, l’exploitation d’une misère locale ou itinérante d’autre part. Le contraste saisissant entre deux mondes aux antipodes, il faut un œil averti pour le percevoir depuis la Départementale 2 reliant la périphérie de Bordeaux à Pauillac, connue sous le nom de « route des châteaux », en référence aux grands noms du vin de réputation mondiale qui la jalonnent. Les abords sont soignés, le sol des vignes la bordant est travaillé mécaniquement et pas désherbé, les portails signant l’entrée dans la seigneurie rivalisent d’architecture pour marquer la richesse du lieu, les dépendances précaires et vétustes logeant encore quelques travailleurs sont elles situées aux arrières de la propriété. Vitrine prestigieuse et enviable de la viticulture médocaine pour les cars de touristes envoyés par le CIVB, synonyme de misère et d’enfermement pour la population locale qui s’y meurt silencieusement. Ce couloir de la pauvreté abrite notamment une main d’oeuvre du passé, dorénavant jugée plus suffisamment exploitable par les propriétés viticoles, trop au fait de la législation sur le travail, protestant sur l’exposition aux pesticides, face à la dureté de la tâche et lors de températures dépassant l’entendement.  Les esclavagistes toujours à la quête de la moindre augmentation de leur enrichissement ont alors trouvé dans les crises qui ont frappé des pays comme l’Espagne ou le Portugal, l’opportunité d’accroître leurs dividendes tout en se déresponsabilisant au maximum.

Les entreprises prestataires de services agricoles sont là une véritable aubaine inespérée, l’employeur  n’étant plus qu’un donneur d’ordre ne devant plus répondre des problématiques d’accident de travail, de maladie professionnelle ou de tout fait lié à l’exécution des tâches confiées au mandataire, lui seul étant alors responsable de ses travailleurs. Les étrangers qui viennent par eux-mêmes et ne passent pas par une entreprise prestataire pour se faire embaucher, ne sont pas plus contraignants pour l’employeur. Face à la barrière de la langue, peu au fait de la législation et de l’appareil administratif français, le risque qu’ils aillent se plaindre aux institutions dédiées est minime, au pire peut-être ne reviendront-ils pas l’année suivante. 

Aussi déresponsabilisé face à ses obligations d’employeur pour  une main d’oeuvre si transitoire qu’elle en est invisible, quelle contrainte à le patron ou donneur d’ordre si ce n’est sa propre conscience d’Homme d’accueillir et de considérer ces hommes et ces femmes, pourtant si indispensables à la production de son vin, dans de meilleures conditions ? surtout lorsque c’est 90% de la profession qui fonctionne ainsi. D’autant plus, quand faire stationner ses vendangeurs sur une aire dite « d’accueil » sur laquelle ils dorment dans leurs camions mais ont accès à des sanitaires apparaît comme une véritable abnégation de la part de la propriété richissime Mouton Rothschild. En ces travailleurs itinérants c’est une misère plus grande donc plus docile que la viticulture médocaine exploite.

Que devient alors la population locale ? Afin d’étouffer ses cris potentiels, les employeurs viticoles l’emploient juste assez pour la rendre totalement dépendante de ces petits bouts de contrats. Errant entre minimas sociaux et quelques jours de travail par ci par là, face à l’enclavement du territoire et l’absence d’autres vraies sources d’emploi , les précaires de la viticulture n’ont pas les moyens de refuser de travailler et ce quelques soient les conditions. 

A quel prix ? 

Si le prix économique, social et sanitaire pour ces oubliés du prestige viticole est évident, il en est un qui peu paraître moins inhérent à cette situation c’est l’augmentation du vote front national. Délaissée, abandonnée, assistant aux fastes du monde viticole et voyant en la main d’oeuvre étrangère une concurrence et non pas l’exploitation d’une misère plus grande que la sienne, les riverains du « couloir de la pauvreté se tournent vers un vote de colère et de lassitude, plus à l’encontre de leurs compagnons d’infortune qu’à celle de leurs geôliers communs.  

Que faire ? je ne le sais pas, il est difficile de combattre des décennies de toute puissance et des budgets considérables en communication et propagandes. Ce dont je suis certaine c’est que le jour de la fin des pesticides, l’on ne pourra pas s’estimer vainqueurs  si on a pas dans le même temps saisi l’opportunité de cette lumière braquée sur la viticulture et ses méandres, pour rompre avec ces pratiques esclavagistes. 

Marie-Lys Bibeyran.

 

 

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par Collectif Info Médoc Pesticides
Charger d'autres écrits dans Actualités

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Réponse de Mme Ségolène royal Ministre de l’environnement.

Il y a quelques temps déjà, j’avais été contactée par Mr Vincent Jechoux conseiller …