La décision de l’Union européenne de prolonger de cinq ans la licence du glyphosate laisse un goût amer.

Les nombreux manquements mis au jour plaident en faveur d’une révision du processus européen d’homologation des pesticides

Après des mois de tractations et d’atermoiements, les Etats membres de l’Union européenne sont finalement tombés d’accord lundi: la licence du controversé herbicide glyphosate, soupçonné d’être cancérigène, sera renouvelée pour cinq années. Grâce au ralliement inattendu de l’Allemagne à une proposition de la Commission, un terrain d’entente a été trouvé in extremis, entre les partisans d’une autorisation pour dix ans et ceux qui souhaitaient une interdiction progressive d’ici trois à cinq ans.

Faire l’autruche

Las, cette décision très attendue laisse un goût amer. Loin de résoudre le problème, elle ne fait que le repousser quelques années plus loin. Pire, elle laisse en suspens la question centrale du débat, celle qui empoisonne les esprits: l’herbicide le plus utilisé au monde est-il dangereux pour la santé?

Alors que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), un organe de l’OMS, avait établi en 2015 le caractère cancérigène du glyphosate, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) sont depuis parvenues à des conclusions contraires. Qui faut-il croire? Bien malin qui peut le dire…

Confiance brisée

Et pour cause: la probité des agences scientifiques européennes, EFSA et ECHA en tête, a été largement mise en doute sur le dossier du glyphosate. La publication de documents internes de Monsanto, dans le cadre d’une procédure judiciaire aux Etats-Unis, a révélé les tactiques plus que douteuses mises en place par la compagnie pour influer sur l’évaluation de «son» pesticide.

Etudes écrites par des scientifiques issus de l’entreprise, dont le nom est ensuite biffé pour laisser croire à un travail indépendant; copié-collé de textes de l’industrie qui se retrouvent dans l’évaluation officielle; ou encore travaux négatifs écartés… les manquements abondent. Sans forcément relever de la fraude caractérisée, ils témoignent à tout le moins d’une proximité gênante entre l’industrie et des autorités supposées impartiales.

Lire également: L’UE renouvelle au forceps la licence du glyphosate

Au-delà du cas précis du glyphosate, la confiance dans le système européen d’homologation des pesticides paraît aujourd’hui rompue, alors que le grand public est de plus en plus hostile à ces produits. Cette situation impose de revoir le fonctionnement des agences scientifiques européennes, afin d’améliorer leur transparence et leur intégrité. Sans cela, l’ombre des industriels continuera de planer sur leurs travaux, empêchant tout débat de fond sur les pesticides.

 

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