La cour d’appel de Bordeaux a rejeté ce jeudi la reconnaissance post-mortem de maladie professionnelle de l’ouvrier viticole Denis Bibeyran. Mais sa sœur Marie-Lys promet déjà de ne pas s’arrêter là.
Par Xavier Ridon publié le 21/09/2017 à 17h45

Dans la salle des pas perdus de la cour d’appel de Bordeaux, Marie-Lys Bibeyran s’indigne. D’ailleurs, en pleine interview, un policier vient lui demander de parler un peu moins fort pour la bonne tenue des audiences. Car la Médocaine ne comprend pas le délibéré qu’elle vient de recevoir de la juridiction.

Depuis des années, elle défend corps et âme la reconnaissance professionnelle de la mort de son frère Denis. D’abord déboutée devant les instances de la Mutuelle sociale agricole (MSA) puis rejetée par le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass), son action en appel pouvait aboutir à une demande d’expertise au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles – la troisième.

Arsenic, l’anticancéreux

Son avocat Maitre Lafforgue espérait cette hypothèse ou au mieux donner directement gain de cause. Mais la cour a donc choisi la troisième option – celle de débouter – « la pire » s’énerve Marie-Lys Bibeyran.

Si la cour reconnait que l’arsenic et ses dérivés, utilisés par son frère dans le cadre de son travail, peuvent « avoir des effets cancérigènes sur la peau », elle estime – surprise – qu’ils peuvent avoir des « effets anticancéreux pour certaines tumeurs ». Marie-Lys Bibeyran bondit :

« Comment peut-on dire qu’il peut y avoir des vertus anticancéreuses avec toute la bibliographie qui existe ? »

Il faut préciser que depuis 1985, les risques cancérigènes de l’arsenic sont reconnues quand bien même il a fallu attendre 2001 pour qu’il soit interdit à la vente pour la viticulture française.

Quand la cour d’appel de Bordeaux loue les effets « anticancéreux » de pesticides dans Actualités 2017_09_21_Bibeyran-650x432

Marie-Lys Bibeyran le 21 septembre à la Cour d’Appel de Bordeaux (XR/Rue89 Bordeaux)

Pour ne rien arranger, la cour indique sans sourciller que les pesticides organochlorés sont « susceptibles d’entrainer un risque accru de cancers des voies biliaires » dont est mort Denis Bibeyran. Seulement, ils ne font pas partie de la liste de produits utilisés par celui-ci et mise à la disposition de l’autorité judiciaire. Et pour cause, explique la sœur de la victime :

« Nous n’avons pu obtenir de la part de son employeur (un château de Listrac-Médoc, NDLR) que les produits utilisés de 2000 à 2008 alors que mon frère y bossait depuis 1984. Cela met en lumière la difficulté d’obtenir ces documents malgré l’obligation inscrite dans le code du travail. On ne demande pas une faveur mais la reconnaissance d’un droit. »

Sans pouvoir annoncer si elle se pourvoit en cassation, elle concentre sa colère dans son combat avec le Collectif Info Médoc Pesticides :

« Je ne veux pas que ces personnes soient condamnées à la double peine : maladie et silence. Ce qu’on ne gagnera pas devant les tribunaux, on le gagnera sur le terrain. »

Avis à ceux qui lui demanderaient de parler moins fort.

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