Mardi 28 mars 2017 par Alexandre Abellan
À l’occasion d’une table ronde ce 22 mars à Saint-Estèphe, le chercheur souligne que « si globalement les agriculteurs ont une espérance de vie supérieure à celle du reste de la population, ils sont spécifiquement plus touchés par les cancers et maladies neurodégénératives… »À l’occasion d’une table ronde ce 22 mars à Saint-Estèphe, le chercheur souligne que « si globalement les agriculteurs ont une espérance de vie supérieure à celle du reste de la population, ils sont spécifiquement plus touchés par les cancers et maladies neurodégénératives… » – crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Expert en ergonomie le professeur Alain Garrigou alerte sur l’efficacité limitée des EPI actuels, et prévient que les expositions ne sont pas celles que le professionnel peut croire.

« Il faut savoir que les pesticides sont faits pour pénétrer les cellules animales ou végétales. Que ce soit pour tuer l’insecte ou le champignon ou la mauvaise herbe. Ils ont un fort pouvoir de pénétration dans les organismes, mais aussi au niveau des combinaisons » explique le maître de conférences Alain Garrigou (université de Bordeaux et INSERM). Éclairant de son expertise en ergonomie la réunion du Collectif Info Médoc Pesticides, ce 22 mars à la salle des fêtes de Saint-Estèphe. Chaque molécule active ayant ses propres modalités de pénétration, les matériaux constituant les combinaisons de protection des préparateurs et tractoristes ne peuvent répondre à toutes les possibilités explique le chercheur. Qui conclut implacablement qu’« aujourd’hui, une combinaison qui protège efficacement de tous les produits chimiques, cela n’existe pas ! »

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L’expert assume d’autant plus sa position que les autorisations de mise sur le marché des phytos sont désormais accompagnées de conseil de port des Équipements de Protection Individuelle (EPI). « Ce qui veut dire que sans ces combinaisons, vous êtes en situation dangereuse » résume Alain Garrigou, qui s’inquiète d’un transfert de responsabilité des autorités publiques et des fabricants de pesticides « sur le dernier maillon de la chaîne ». Nuancé, il ajoute que « les combinaisons peuvent être efficaces, certes, mais ce n’est pas la panacée. En l’état, il faudrait jeter tous les jours sa combinaison pour avoir un niveau de perméabilité qui soit acceptable. »

Expositions cutanées et indirectes

Plaidant pour une prévention plus efficace du risque phyto auprès des exploitants et travailleurs viticoles, Alain Garrigou démonte également quelques idées reçues. Réalisant en propriété des mesures de contamination* des personnes et équipements, il fait part d’une surprise : « souvent on a tendance à croire que le risque des pesticides passe avant tout par les poumons. Or nos études démontrent que 90 à 95 % des produits passent par la peau. » Si l’exposition phytosanitaire n’est pas principalement respiratoire, mais cutanée, certains réflexes doivent être révisés. Le chercheur évoque ainsi l’exemple d’un viticulteur qui met « un masque quasiment de cosmonaute » pour préparer phytos, mais rentre dans sa cuve en short pour la déboucher…

Si le danger des contaminations directes, lors du mélange ou du traitement des produits, semble évident, les études démontrent également l’importance d’expositions indirectes. « Durant les traitements, le tracteur et le pulvé vont être recouverts de produit. Chaque fois que les agriculteurs vont aller au contact de ce matériel, c’est le produit rémanent qui va passer » alerte Alain Garrigou. Or l’accumulation des molécules, traitements après traitements, n’est pas neutre si le matériel de pulvérisation n’est pas fréquemment lavé à fond. « Il nous est arrivé plusieurs fois de mesurer que le produit trouvé en plus grande concentration un jour de traitement, ce n’était pas celui utilisé le jour même, mais celui utilisé jusqu’à un mois avant… » conclut l’universitaire.

 

* : Par la pose et l’analyse fine de patches de gaze.

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7 Réponses à “« La combinaison protégeant de tous les produits n’existe pas ».” Subscribe

  1. Adelino 29 mars 2017 à 20 h 38 min #

    Luttons pour faire INTERDIRE tous les pesticides et encourageons les cultures bio.

  2. Erbert 29 mars 2017 à 12 h 30 min #

    Alors que son voisin aussi pomiculteur a eu un cancer reconnu en maladie professionnelle,grâce à l’association PhytoVictimes,Frédéric Jean,34 ans n’aime plus se déguiser en cosmonaute.Sa rencontre avec Juliet va bouleverser la routine phytosanitaire. Entendez que ce producteur de fruits installé à Noves, près d’Avignon, supporte de moins en moins de revêtir sa combinaison et son masque pour traiter ses vergers à grandes pulvérisations de produits phytosanitaires. « En agriculture conventionnelle, une pomme subit de 30 à 40 traitements », explique-t-il. D’abord des fongicides pour lutter contre la tavelure, un champignon dévastateur. Puis, jusqu’à la récolte, des applications d’insecticide à répétition pour anéantir, notamment, le carpocapse, un papillon dont la larve ravage les pommiers et les poiriers… « à force, une telle accumulation de cochonneries risque de ne pas totalement disparaître, souligne-t-il. Alors, quand je donne un de ces fruits à mes enfants, je dois le peler sur une bonne épaisseur.
    http://www.marcelgreen.com/article/juliet-une-pomme-pas-comme-les-autres-1045#.WMos42etz2Q.facebook

  3. Erbert 29 mars 2017 à 12 h 23 min #

    Eric-arboriculteur « l’idée que mes enfants me voient en train de traiter mes arbres en masques et combinaison me mettait mal a l’aise  »

    Bernard – arboriculteur « Ca c’est vraiment une idée originale! Tu préfères risquer de t’intoxiquer plutôt que de montrer à tes enfants, susceptibles de prendre ta succession, qu’il est nécessaire de se protéger pour éviter d’éventuelles séquelles,sachant que tu diffuse autour de TOI des pulvérisations toxiques »

  4. Erbert 29 mars 2017 à 12 h 17 min #

    Déjà en 2008 l’agence de protection dénoncée des combinaison qui ne protégeaient pas assez des substances chimiques

  5. Jean-Paul 29 mars 2017 à 10 h 00 min #

    J’habite dans les vignes à Castillon la Bataille, Les vignes en ce moment sont brulées par les désherbants en attendant la ronde des traitements. Soutenons les vignerons bio en achetant leurs produits, c’est le meilleur moyen de combattre les empoisonneurs.
    Le château des Rochers le bourg 33350 Belves de Castillon. entreprise familiale de 4,30 à 6,50€ la bouteille

    • Anonyme 29 mars 2017 à 10 h 47 min #

      Bonne idée.Ai partagé sur Facebook

    • Anonyme 29 mars 2017 à 22 h 47 min #

      Tout a fait d’accord pour ma part je n’achète plus que des vins bio ce sont les consommateurs qui peuvent faire évoluer les pratiques!

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