Voici la dernière action menée par le Collectif Info Médoc Pesticides, envoi de 98 courriers à destination des médecins généralistes du Médoc. Ceci afin de les informer et de les sensibiliser sur l’exposition des travailleurs des vignes aux pesticides. Ceux-ci sont souvent seuls face à leur exposition et ses conséquences, les médecins sont et se doivent d’être des interlocuteurs à l’écoute et décisifs.

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Madame, Monsieur,

 

Le Collectif Info Médoc Pesticides fondé en février 2016 par Marie-Lys Bibeyran, Monique Escorne et Marie-Hélène Machado, suite à la diffusion du reportage sans appel de Cash Investigation, a vocation à sensibiliser et à informer la population civile sur les dangers des pesticides en général et à représenter  les personnes qui y sont exposées. Sur un territoire à forte dominante viticole comme le Médoc, avec quelques contrées de culture maraîchère et céréalière intensives, nous sommes face à une ubiquité des expositions (professionnelle, résidentielle et domestique). C’est donc l’ensemble de la population médocaine qui est susceptible de  subir les effets néfastes de l’utilisation de ces produits issus de la chimie de synthèse. 

Rien que pour la vigne, les pesticides sont utilisés plus d’une douzaine de fois de mars à octobre. Les herbicides sont appliqués au moins 2 fois par an, les insecticides sont utilisés de juin à août et les fongicides tout au long de la saison d’avril à septembre inclus tous les 10 à 14 jours.

En votre qualité de médecin généraliste, vous êtes susceptible de rencontrer parmi vos patients des travailleurs, des riverains ou des enfants  pouvant présenter des maux ou des pathologies en lien avec une exposition aigüe ou chronique plus ou moins directe avec les pesticides. 

Le Collectif Info Médoc Pesticide souhaite attirer votre attention sur les conditions d’exposition professionnelle et résidentielle, cette promiscuité ambiante avec les pesticides qui fait que non seulement il est impossible de ne pas y être exposé mais aussi peu probable de ne pas en subir des effets néfastes.

Les plus directement exposés sont les travailleurs qu’ils effectuent les préparations de produits et les traitements, ou qu’ils reviennent travailler dans les parcelles précédemment traitées après le délai de rentrée (temps durant lequel tout retour dans la parcelle est interdit) qui s’échelonne de 24 à 48h. Attention ce délai sera dès avril susceptible d’être réduit à 6h si port d’un Équipement de Protection Individuelle. Aucun des  dispositifs dit de protection ne garantit un risque Zéro. Voir à ce sujet les travaux d’Alain Garrigou [1] et d’Isabelle Baldi [2]. Ainsi que l’enquête APACHE [3] réalisée en 2012 sur la commune de Listrac-Médoc par Marie-Lys Bibeyran et l’association nationale Générations Futures.

Les travailleurs sont aussi exposés aux pesticides via la proximité avec les tracteurs pulvérisateurs.  Sur certaines communes du Médoc le parcellaire viticole est tel qu’il arrive que des travailleurs interviennent sur une parcelle tandis qu’un salarié d’une autre propriété effectue un traitement sur une parcelle voisine, à quelques mètres de distance.  De plus, malgré une interdiction légale il est fréquent que des traitements aient lieu en présence de vent susceptible de rabattre le produit sur les travailleurs.

Il n’est pas facile pour un salarié agricole soumis à la crainte de répercussions sur son emploi de consulter un médecin et d’évoquer la concomitance des maux ressentis avec une exposition aux pesticides.  N’hésitez pas à procéder à un interrogatoire axé sur les pesticides, sachez en outre que le code du travail fait obligation à l’employeur d’informer ses ouvriers sur les noms des pesticides [4] leur dangerosité et comment s’en protéger mais que dans les faits cela n’est jamais fait ! Sous votre impulsion et avec votre appui, peut-être les travailleurs auraient-ils plus d’assurance pour aller s’enquérir de cette information auprès de leur hiérarchie.

Au quotidien les travailleurs des vignes sont très seuls face aux pesticides, tant l’inspection que la médecine du travail sont absentes. Solliciter la première est très compliqué et souvent risqué, quant à la seconde les visites sont dorénavant espacées de plusieurs années et restent très sommaires.  En votre qualité de médecin référent, vous êtes un interlocuteur très important.  Vous pouvez permettre au travailleur d’obtenir une déclaration d’accident de travail suite à une intoxication aigüe, et face à un soupçon de l’origine professionnelle d’une pathologie, l’article L461-6 du code de la Sécurité Sociale vous fait obligation de délivrer un certificat médical initial qui permettra à votre patient d’accéder à la procédure en reconnaissance de maladie professionnelle [5]. Ce dernier faisant parallèlement une déclaration auprès de sa caisse d’assurance maladie via l’imprimé cerfa 60-3950.  Le certificat médical initial constitue un véritable sésame pour le travailleur, lui ouvrant les portes de la reconnaissance de son statut de victime de son travail. Cette reconnaissance est tout ce qui reste à une personne qui a déjà perdu son honneur de travailleur et sa dignité de père ou mère capable de subvenir aux besoins de sa famille.  Vous vous conformez au code de la sécurité sociale en rédigeant un certificat médical initial, vous ne posez pas un jugement mais émettez une possibilité dont il reviendra à la MSA d’estimer si oui ou non elle est fondée. Un travailleur malade de son exposition aux pesticides et n’ayant pas accès à la reconnaissance de maladie professionnelle est injustement condamné à la double peine de la maladie et du silence.

Lorsqu’il s’agit d’une intoxication aigüe même sans dommages immédiats, n’hésitez pas à rédiger un certificat médical que le travailleur conservera précieusement et qui lui permettra d’avoir une traçabilité de son exposition. Celle-ci se révèlera très importante si un jour il engage une demande de reconnaissance de maladie professionnelle, ou souffre d’une pathologie susceptible d’être expliquée par une succession d’expositions aigües.

Cela est d’autant plus important pour les travailleurs saisonniers.  Le développement du recours aux entreprises prestataires de services agricoles précarise de plus en plus le travail agricole, avec un nombre croissant de travailleurs détachés, qui ne maîtrisant pas la langue et le code du travail sont parfois employés dans des conditions désastreuses pour leur santé.

Le rapport de l’INSERM publié en juin 2013 [6], établit un lien entre exposition professionnelle aux pesticides et certaines pathologies telles que maladies neurodégénératives (Parkinson), cancers (prostate, lymphomes non hodgkinien, myélomes…), problèmes de fertilité. Il fait état de liens également pour les expositions résidentielles, les riverains et leurs enfants n’étant pas épargnés par les pesticides.  Les plus jeunes étant alors concernés par des leucémies, des tumeurs cérébrales, malformation congénitale du fait d’une exposition fœtale.

À ce sujet les travaux de Charles Sultan chef du service d’endocrinologie pédiatrique de Montpellier, sur les malformations génitales et puberté précoce sont d’une importance capitale [7]

Face à un patient exposé aux pesticides, n’hésitez pas à l’orienter vers le Collectif Info Médoc Pesticides, dont vous trouverez les coordonnées au bas de cette lettre et sur le flyer ci-joint. C’est une collaboration entre les différents interlocuteurs des populations exposées, qui permettra de mettre un terme à un scandale sanitaire,  au moins identique à celui de l’amiante.

Nous sommes disposées à vous rencontrer si vous le souhaitez, en attendant nous vous invitons à notre soirée débat qui aura lieu le 22 mars à 20h à la salle des fêtes de Saint-Estèphe.

Marie-Lys Bibeyran.

Collectif Info Médoc Pesticides, tél : 06 64 21 89 23. Mail : marie-lys.bibeyran@orange.fr

 

 

[1] Alain Garrigou et l’efficacité des Equipements de Protection Individuelle https://youtu.be/3K8gDCblGSE?t=11

[2] Les travaux d’Isabelle Baldi montrent dans une étude réalisée en Gironde sur le cas du Folpel produit phare de la viticulture et CMR notoire que pendant les 10 jours qui ont suivi les épandages les travailleurs ont eu, quotidiennement, l’équivalent de la contamination du tractoriste pendant la journée de pulvérisation. Résultats de tests évoqués par Mme Baldi lors d’une réunion avec la Chambre d’agriculture de la Gironde le 08 juin 2016 à Bordeaux.

 [3] Enquête APACHE http://www.generations-futures.fr/pesticides/lenquete-apache-analyse-de-pesticides-agricoles-dans-les-cheveux/

[4] Article R4412-38 du code du travail

[5] http://www.alerte-medecins-pesticides.fr/?page_id=6009 RAPPEL DE L’OBLIGATION FAITE AU MÉDECIN EN MATIÈRE DE DÉCLARATION DES MALADIES PROFESSIONNELLES (code de la sécurité sociale article L 461-6).

[6] Rapport de l’INSERM juin 2013 http://presse.inserm.fr/pesticides-effets-sur-la-sante-une-expertise-collective-de-linserm/8463/

[7] Charles Sultan https://www.youtube.com/watch?v=3aSBNaCzUXc

                                 http://www.lobservateurdemonaco.mc/charles-sultan-%E2%80%89cest-un-scandale-sanitaire

 

 

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