Dominique Fédieu : « Il y a un premier pas à franchir avec l’abandon des herbicides ».

Dominique Fédieu : « Il y a un premier pas à franchir avec l’abandon des herbicides ». © 

PHOTOS J. L.

ARTICLE ABONNÉS Rencontre avec Dominique Fédieu, propriétaire du château Micalet, à Cussac-Fort-Médoc. Le viticulteur est aussi maire et conseiller départemental.

PROPOS RECUEILLIS PAR JULIEN LESTAGE

j.lestage@sudouest.fr

« Sud Ouest » Le temps des vendanges au château Micalet, un Haut-Médoc, cela représente combien de jours ?

Dominque Fédieu Une dizaine de jours. On vendange les 16 hectares à la main. On a commencé mercredi dernier. C’est terminé pour les merlots. On entame le cabernet-sauvignon et le petit-verdot.

Combien de personnes viennent vendanger à la propriété ?

Nous avons 25 personnes, des saisonniers qui viennent d’un peu partout. Il y a un vrai brassage. Des étudiants, des retraités, de jeunes Espagnols, des gens du village, une famille de manouches… Des personnes qui ne se côtoieraient pas forcément dans la vie de tous les jours et qui travaillent ensemble pour la récolte.

Des vendangeurs que vous logez ?

Nous logeons les personnes qui viennent de loin. Et nous procurons un terrain à ceux qui en ont besoin. En tout cas, nous ne reportons pas sur les collectivités la problématique de l’accueil des saisonniers et des vendangeurs.

 

Par rapport à la séquence climatique que nous connaissons, comment se présente cette récolte ?

C’est une année assez compliquée avec des conditions climatiques inédites. Un mois de juin très pluvieux. Le vignoble a été difficile à protéger du fait des pluies incessantes. Pour nous, qui sommes en agriculture bio, ce n’était pas évident. Nous n’avons que des produits de contact qui sont lessivables. On a eu des attaques de mildiou assez importantes. Ensuite, on a eu un été très sec. Tout le monde pensait vendanger très tard. C’est ce qui est entrain de se produire. En ce qui nous concerne, on fait très attention.

Le mois d’octobre est souvent instable. Nous avons des raisins qui sont à la limite. Le fait d’être en bio a pour effet d’avoir une maturité plus précoce. Au final, la sécheresse a concentré les raisins. La teneur en sucre est importante. Même si la récolte offre un joli potentiel, nous aurons des rendements moindres.

Vous êtes en bio depuis combien de temps ?

On a commencé en 2004 sur trois hectares et en totalité depuis 2006. Aujourd’hui, cela représente 16 hectares. En sachant que par le passé, mon père n’avait jamais voulu désherber chimiquement. Il avait toujours continué les labours et les méthodes traditionnelles.

Quel bilan faites-vous après dix ans de bio ?

Il est plutôt positif. On a souvent une belle qualité de fruit. En revanche, il faut être très attentif et réactif à l’évolution du vignoble.

Dans certaines propriétés, on estime que passer en Bio l’ensemble du vignoble est impossible…

C’est possible. C’est une question d’organisation et de volonté. Il est vrai qu’on prend un peu plus risque. Cette année, on va perdre une partie de la récolte du fait d’attaque sévère de mildiou. Ceci étant, l’année a été difficile pour tout le monde. Il y a peut-être des cépages que l’on devrait réhabiliter et qui sont plus à même d’être cultivé en bio. En ce qui nous concerne, je pense notamment au petit-verdot qui est un cépage plus tardif mais qui est très peu sensible au mildiou. En bio, il donne de très bon résultat en qualité et quantité.

Comment s’écoule votre production sur le marché ?

Selon les années, le château Micalet, c’est 35 000 bouteilles. Nous avons 30 % à l’export, 30 à 35 % en vente directe et le restant à des grossistes (négoce, cavistes, restaurants).

Depuis que nous sommes passés en bio, on a trouvé des marchés avec le négoce qui sont assez stables et bien valorisés. Il y a un déficit de vin bio dans le Médoc. Du coup, nous sommes assez sollicités. Et l’été, nous recevons beaucoup de touristes qui recherchent essentiellement du vin bio.

Vous êtes aussi maire de Cussac-Fort-Médoc et Conseiller départemental du canton Sud Médoc. Dans le cadre de votre mission d’élu, est-ce important pour vous de garder ce contact avec votre métier ?

C’est bien de pouvoir continuer son activité professionnelle et de ne pas être seulement élu. C’est ce qui permet de garder les pieds sur terre, d’être en prise directe avec les difficultés du terrain. Celles que connaissent les petites propriétés, les structures familiales. La situation économique est très tendue.

Vous dîtes qu’il y a une grande incompréhension, chez les viticulteurs, par rapport à la problématique des pesticides…

C’est un problème majeur qu’il ne faut pas nier. Mais les viticulteurs sont souvent les premières victimes. Et ils vivent mal d’être accusés en premier lieu, alors que les produits ont été autorisés par des circuits officiels et mis sur le marché par les industriels. Aujourd’hui, la profession essaye de s’emparer de ce sujet.

Mais cette sortie des pesticides est-elle possible ?

En viticulture, c’est tout à fait possible. Mais il n’y a pas que l’angle pesticide. Avec le changement climatique, il faudra aussi se poser la question des cépages qui devront être plantés dans les années à venir. Dans tous les cas, il y a un premier pas que l’on peut déjà franchir et sans difficulté, c’est l’abandon des herbicides. Dans ce sens, au niveau du Département, nous allons mettre en place des politiques d’accompagnement.

Marie-Lys Bibeyran du Collectif Infos Médoc Pesticides mettait en garde les maires quant à la mise en sécurité des écoles qui sont bordées par les vignes. Quel est votre avis ?

Lorsqu’il est question de santé publique, les maires ont une part de responsabilité. C’est vrai. Mais ils ne sont pas seuls. C’est aussi une responsabilité régalienne.

En Médoc, il y a une prise de conscience de l’ensemble des acteurs avec les Organismes de défense et de gestion des appellations (ODG). Des systèmes de protection ont été mis en place même s’il n’existe pas de solution idéale. Il faut aussi que mes collègues élus fassent attention dans les plans locaux d’urbanisme à ce que les maisons ne soient plus construites à proximité immédiate des vignes. Ce qui évitera de provoquer de nouveaux conflits d’usage. La situation est déjà suffisamment tendue.

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par Collectif Info Médoc Pesticides
Charger d'autres écrits dans Actualités

Laisser un commentaire

Consulter aussi

« Route des châteaux = couloir de la pauvreté….et esclavage ».

Jeudi 1er septembre, j’avais rendez-vous avec Monique Escorne, au nom du Collectif I…