Raymond et Noël, victimes de pesticides: « On est tués tout doucement, à petit feu »

 13/09/2016 à 11h33
Alors que s’ouvre ce mercredi le salon international de l’élevage à Rennes (le Space), plusieurs associations de victimes des pesticides tirent la sonnette d’alarme (illustration)

Alors que s’ouvre ce mercredi le salon international de l’élevage à Rennes (le Space), plusieurs associations de victimes des pesticides tirent la sonnette d’alarme (illustration) – AFP – Philippe Huguen

TEMOIGNAGES – Raymond et Noël Pouliquin ont travaillé pendant vingt ans pour le géant de l’agroalimentaire Triskalia. Ils étaient employés dans une coopérative agricole, un site classé Seveso seuil haut, et manipulaient des pesticides. Après avoir développé de maladies graves, aujourd’hui ils accusent leur ex-employeur d’avoir sciemment mis leur vie en danger.

Alors que s’ouvre ce mercredi le salon international de l’élevage à Rennes (le Space), grand rendez-vous des agriculteurs et des entreprises agroalimentaires en Bretagne, plusieurs associations de victimes des pesticides tirent la sonnette d’alarme. Elles dénoncent l’omerta qui règne sur les dangers des produits phytosanitaires encore très utilisés dans les professions agricoles. Selon ces associations, l’épandage, la manipulation de ces produits, parfois à mains nues dans certaines entreprises, provoquent de nombreux cancers en Bretagne.

« On faisait le sale boulot »

Pour Raymond Pouliquen et son fils Noël, c’est le combat d’une vie. Après 20 ans comme employés dans une coopérative agricole à Glomel, site classé Seveso seuil haut (dans le Morbihan, près de Carhaix) ils ont développé des maladies graves. Ils se disent aujourd’hui intoxiqués par les pesticides que leur entreprise Triskalia (géant de l’agroalimentaire en Bretagne qui possède, entre autres, les marques Paysan Breton, Mamie Nova..) les obligeait à manipuler. Ils accusent leur ex-employeur d’avoir sciemment mis leur santé en danger.

Chez Triskalia, ces employés avaient pour tâche de détruire les emballages usagés des produits phytosanitaires. « On les ramassait avec une pelle et un balai. Ça piquait la langue, ça prenait aux yeux, à la gorge. On était toujours sans masque, sans protection, sans rien, raconte Raymond. Il faut dire ce qu’il en est: on faisait le sale boulot ». Alors que Raymond vient de gagner son combat face à sa leucémie, Noël sort tout juste de chimiothérapie.

La Bretagne à l’aube d’un scandale sanitaire?

Mais la mutuelle sociale agricole n’a jamais voulu reconnaître leur maladie comme professionnelle. « On est tués tout doucement, à petit feu, sans faire trop de bruit, se désole Noël. On a profité de nous pendant 20 ans en nous faisant croire qu’il n’y avait rien de dangereux ». D’après, Michel Bénard, à la tête d’un collectif qui soutient les trop nombreuses victimes de l’entreprise bretonne, Noël et Raymond ne sont pas de cas isolés. « Sur le site de Triskalia, on dénombre cinq décès, quatre cancers et une personne ayant des maladies chroniques », assure-t-il. Et selon lui, la Bretagne est à l’aube d’un grand scandale sanitaire car trop d’entreprises agricoles auraient manqué de précaution face aux pesticides.

« Des lymphomes, des Parkinson dans les campagnes bretonnes, il y en a vraiment beaucoup. C’est saisissant. Pour nous, beaucoup de cancers sont liés à des causes environnementales et, entre autres, aux pesticides, souligne-t-il. Il y a une omerta, une chape de plomb. Noël et Raymond ont vraiment beaucoup de courage d’oser parler parce que ce n’est pas facile ». La direction de Triskalia n’a pas souhaité répondre à nos questions. Un simple communiqué du groupe nous informe que de tous les contrôles nécessaires ont été réalisés.

Par Maxime Ricard avec Anaïs Denet

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