L’argent ne réparera pas, l’irréparable.

23 juin 2016

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Le ministère de l’agriculture s’est prononcé ce jour en faveur de la création d’un fond d’indemnisation des victimes des pesticides,
Je ne partage pas cet enthousiasme quant à l’opportunité de créer ce fonds. Considérant que c’est là une facilité offerte sur un plateau (d’argent….), aux fabricants et aux pouvoirs publics de se dédouaner de toute responsabilité pénale, quant à la mise sur le marché de pesticides, dont chaque maillon de la chaîne de l’homologation a connaissance du caractère mortifère.
Car ne nous y trompons pas, ce n’est pas une indemnisation même à une ribambelle de zéros qui va apaiser la douleur des familles amputées, ni redonner la santé à ceux dont la vie est désormais empoisonnée par les pesticides, se soigner est une chose, retrouver ses capacités perdues et guérir en sont d’autres. Comme pour n’importe quelle victime d’un crime, et l’empoisonnement en est un, l’identification de l’auteur des faits et sa condamnation sont nécessaires à la reconstruction ou à l’apaisement des victimes des pesticides, et leur famille.
Quelle peine pour les firmes que de leur infliger l’alimentation de ce fonds d’indemnisation, elles qui affichent des chiffres d’affaires mirobolants ? Une pacotille pour elles, une humiliation pour les victimes.
Pas d’éléments de réponse à ce jour sur l’estimation des sommes à verser. En ce qui concerne les pathologies, les experts se chargeront de l’évaluation du handicap qui en découle. Mais quid de la perte de chance de vieillir en bonne santé ? ou de vieillir tout simplement quand votre espérance de vie est subitement écourtée de plusieurs dizaines d’années? Combien pour la perte d’un mari, d’un fils, d’un frère ? Combien pour ma maman qui a la maladie de Parkinson depuis qu’elle a enterré son fils aîné ? Combien pour toutes les années que mes neveux vont vivre sans leur père à leur côté?
Combien pour cette salariée agricole atteinte de la maladie de Parkinson à 44 ans? Combien pour sa perte de chance de vivre en bonne santé?
Combien pour ces salariés agricoles qui ont la malchance supplémentaire de ne pas rentrer dans les cases de la reconnaissance de maladie professionnelle?
Les professionnels, les utilisateurs même particuliers ne sont pas les seules victimes des pesticides. L’ampleur de la catastrophe se caractérise par l’ubiquité des sources d’exposition, alors quelle indemnisation pour les riverains, les enfants, les consommateurs ?
Combien pour les années d’innocence volées à ma fille, atteinte de puberté précoce?
Combien pour ces enfants atteints de malformations ?
Combien pour ces enfants autistes ?
Combien pour tous ces salariés exposés quotidiennement à ces poisons, dans l’indifférence générale?
Comment peut-on d’un côté se prononcer en faveur de cette indemnisation et ne rien faire pour stopper immédiatement ce génocide ? n’est-ce pas là le signe d’une assurance d’impunité ?
Marie-Lys Bibeyran.

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