Publié le 05/03/2016 . Mis à jour le par Propos recueillis
Marie-Lys Bibeyran : « Je pense qu’il y a un déni complet sur les réels dangers liés à l’exposition aux pesticides et notamment pour les enfants ».
Marie-Lys Bibeyran : « Je pense qu’il y a un déni complet sur les réels dangers liés à l’exposition aux pesticides et notamment pour les enfants ». © 

PHOTO J. L.

ARTICLE ABONNÉS Marie-Lys Bibeyran vient de créer le collectif Médoc Info Pesticides. Elle appelle à une mobilisation des élus.

PROPOS RECUEILLIS

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PAR JULIEN LESTAGE

« Sud Ouest ». Mardi dernier, vous avez pu remettre une pétition au préfet Pierre Dartout. Un texte qui demande à la ministre de l’Environnement l’interdiction de l’utilisation des pesticides dans les vignes situées à proximité des écoles. Après cet entretien, vous dites votre déception. Pourquoi ?Marie-Lys Bibeyran. Avec notre collectif Info Médoc Pesticides, nous étions à peine sortis du bureau du préfet qu’un communiqué de presse circulait déjà pour dire qu’un nouvel arrêté allait permettre d’étendre les mesures de précaution, au-delà des écoles, à d’autres établissements accueillant des enfants ainsi que tout autre établissement pouvant accueillir des personnes vulnérables. Ce qui est bien. Mais c’est loin d’être suffisant. Et je note que les mesures de protection sur le terrain restent les mêmes. C’est-à-dire l’implantation de haies, la pose de filets, l’adaptation des horaires. Rien de nouveau… Ce que nous demandons, c’est l’application de produits homologués pour l’agriculture bio sur les vignes jouxtant les établissements scolaires et les infrastructures sportives et culturelles. Et sur ce point, je considère que nous n’avons pas été entendus.

Dans ce combat que vous menez contre les pesticides, est-ce que vous considérez qu’il y a eu des avancées ?Oui. Au niveau de la population, il y a eu un éveil des consciences. Les gens sont mieux informés et donc plus soucieux des problématiques qui entourent cette question de l’usage des pesticides. Le 12 février, j’ai créé le collectif Info Médoc Pesticides. En trois semaines, nous en sommes à 60 membres.

Et avec les viticulteurs ?Avec les salariés agricoles, je note une évolution dans leur comportement. Ils interrogent plus facilement leur hiérarchie sur le sujet. Ils demandent à être mieux protégés, parfois même à exercer leur droit de retrait. Ils sont aussi plus nombreux à se rapprocher de moi pour obtenir des informations. Avant, l’omerta était complète.

Mais avec les propriétaires des châteaux ?Il y a des avancées. Les salariés agricoles me le disent. Il y a de plus en plus de tests sur des parcelles pour faire du bio. C’est un début. Ils sont plus vigilants sur l’exposition des salariés. Après, tout cela reste encore très timide.

Sur cette question de la dangerosité des pesticides, Alain Meyre, le président de l’ODG Médoc Haut-Médoc Listrac, assure qu’il y a une réelle prise de conscience des viticulteurs. Votre réflexion ?Avec l’Organisme de défense et de gestion, c’est extrêmement compliqué. En effet, en tant que président, Alain Meyre adresse des recommandations à ses adhérents. Mais en tant que viticulteur, il ne les applique pas chez lui. Alors…

Dans le Médoc, combien d’écoles ou d’établissements recevant des enfants sont situés à proximité des vignes ?Il y en a seize. Les communes de Soussans, Valeyrac, Cissac, Saint-Seurin-de-Cadourne, Arcins, Bégadan, Cantenac, Cussac, Margaux, Pauillac, Moulis, Saint-Estèphe, Saint-Julien-Beychevelle et Blanquefort sont concernées. À Listrac et Avensan, la charte bio a été signée. Il y a eu un engagement des élus et des viticulteurs sur le sujet.

Sur cette question des pesticides, quel échange avez-vous eu avec les maires de toutes ces communes ?Je leur ai écrit en octobre et en janvier. Ils ont reçu une copie de la pétition remise au préfet. Ils ont aussi reçu la charte qui a été signée à Listrac pour le traitement bio des parcelles qui jouxtent l’école, le stade et la salle socio-culturelle. En retour, je n’ai eu que très peu de réponses. Je pense que les maires ne sont pas du tout mobilisés. Ils sont dans le déni de l’ampleur du risque qui est couru par les enfants. Ils refusent aussi de reconnaître que leur responsabilité peut-être engagée.

Il est coutumier d’entendre dire que la viticulture fait vivre le Médoc. Et que l’on ne peut pas remettre en cause les pratiques au risque de menacer un certain équilibre économique avec ses emplois.

À travers votre action, le reproche vous est fait d’aller trop loin et de renvoyer une image négative de la viticulture…Les viticulteurs et leurs représentants pouvaient tirer parti de ce débat autour de l’usage des pesticides. Ils ne l’ont pas fait. Le CIVB aurait pu être avant-gardiste. Ce refus de communiquer sur cette question finit par nuire à l’image des vins.

Est-ce que vous vous sentez soutenue par le monde politique dans votre démarche ?Pas du tout. Pourtant, les études existent. Et sur le terrain, rien n’a changé. On prend des petites mesures. On donne l’illusion à la population que l’on fait quelque chose. Mais au fond, il n’y a rien qui est fait.

Vous comptez aller jusqu’où dans votre combat ?Jusqu’au moment où les enfants, les salariés viticoles et les riverains pourront vivre dans une commune viticole sans être menacés par les effets des pesticides. Je n’ai jamais voulu tuer la viticulture. Mais il faut une viticulture saine.

MARIE-LYS BIBEYRAN

 

Salariée agricole dans le Médoc, fondatrice du collectif Info Médoc Pesticides, Marie-Lys Bibeyran mène un combat contre les pesticides depuis que son frère, ouvrier agricole lui aussi, est mort d’un cancer qu’elle attribue aux produits phytosanitaires.

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2 Réponses à “Pesticides : « Les maires sont dans le déni »” Subscribe

  1. Anonyme 7 mars 2016 à 10 h 20 min #

    Ce n’est pas à coté des écoles, mais partout.

    • Vuillaume 7 mars 2016 à 10 h 22 min #

      Ee n’est pas à coté des ecoles, mais partout.

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