Un accord, désaccords

Mercredi 02 mars 2016 par Alexandre Abellan

 

Pour Marie-Lys Bibeyran, « il est hors de question d’exposer les enfants, riverains et salariés viticole. Il n’y a pas de hiérarchisation dans les victimes ! »Pour Marie-Lys Bibeyran, « il est hors de question d’exposer les enfants, riverains et salariés viticole. Il n’y a pas de hiérarchisation dans les victimes ! » – crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Forte d’une pétition signée par 84 600 internautes, la militante Marie-Lys Bibeyran a rencontré le préfet de Gironde. Celui-ci lui a indiqué avoir décider de prendre un arrêté visant à appliquer les orientations fixées par la loi d’Avenir.

« 1 école + 1 enfant = 0 pesticide » résume la pancarte de Marie-Lys Bibeyran, militante de l’association Génération Future. Reçue ce premier mars par le préfet de Gironde, elle lui a remis une pétition signée en ligne par 84 600 citoyens et lui a demandé sa prise en compte pour qu’il n’y ait plus que « des traitements bio autour de tous les établissements accueillants des enfants, en dehors de leurs horaires de présence. Et pas que pour la vigne, mais pour toutes les cultures. » Il est à noter que si Marie-Lys Bibeyran reconnaît que les produits bios ne sont pas exempts de danger, elle maintient que ce n’est pas du soufre qui a intoxiqué les écoliers de Villeneuve-de-Blaye en 2014 (voir encadré ci-dessous).

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Ayant déjà préparé sa position en amont de la rencontre, le préfet a évoqué pour sa part une révision pour la campagne viticole de 2016 de son arrêté préfectoral de 2014, interdisant à moins de 50 mètres d’une école les traitements phytos (c’est actuellement le seul de ce type en France). Il s’agit d’appliquer les nouvelles mesures prévues par la loi d’Avenir qui visent notamment à élargir les « mesures de précaution, au-delà des écoles, à d’autres établissements accueillant des enfants (crèches, haltes-garderies…), ainsi que tout autre établissement pouvant accueillir des personnes vulnérables », pour « favoriser l’implantation de dispositifs de protection notamment la plantation de haies » et « encourager le recours à des matériels limitant la dispersion des produits » énumère un communiqué laconique, publié dans la foulée de la rencontre par la préfecture.

 

« Peut-on parler d’amélioration de l’arrêté ? »

 

Avec cet arrêté à venir, « on garde le même mode de conduite, ce n’est pas une réponse satisfaisante » critique Marie-Lys Bibeyran. Celle-ci est donc loin d’être convaincue après cette demi-heure d’échange, surtout quinze jours après la marche blanche bordelaise (qu’elle a co-organisé) et un mois après l’émission Cash Investigation (Produits chimiques : nos enfants en danger). « Le préfet estime ne pas avoir l’autorité pour imposer des produits bio. Et il affirme que le lien entre l’exposition aux phytosanitaires et les effets sur la santé ne sont pas scientifiquement avérés » s’étrangle celle qui porte, devant la justice, le dossier de reconnaissance en maladie professionnelle du cancer de son défunt frère, ouvrier viticole.

Aucun autre rendez-vous n’ayant été évoqué à l’issue de la rencontre avec le préfet et ses services (ARS, DDTM, DRAAF…), Marie-Lys Bibeyran estime que la préfecture campe désormais sur son nouvel arrêté. Mais les choses n’en resteront pas là selon elle. « Il y a urgence, à un mois et demi de la saison qui va s’ouvrir. Avec la tension croissante, il y a un risque de multiplication des incidents entre vignerons et particuliers » prévient-elle.

 

« Nous, on peut mobiliser des citoyens… »

 

Réunis dans une modeste manifestation de soutien (il y avait presque autant de journalistes et de CRS que de manifestants), les autres organisateurs de la marche blanche de Bordeaux* ont réitéré leur demande à être reçus par la préfecture. En attendant, ils continuent d’affirmer leur mobilisation au nom de la société civile et de dévoiler les mesures qu’ils portent (et celles qu’ils rejettent, comme la mission parlementaire lancée par des députés bordelais). Leur principale proposition concerne la création d’un comité de suivi des traitements phytosanitaires, impliquant les services de l’Etat, les institutions viticoles, les syndicats agricoles et les associations civiles.

« On voudrait mettre en place des mesures concrètes de changement de pratiques. On est très contents d’avoir à nos côtés la Confédération Paysanne, mais tout le monde est bienvenu. Même la FDSEA ! » lance Valérie Murat, militante pour Génération Future (arborant avec un panneau à tête de mort : « Gironde en danger »). Mais si elle appelle au dialogue et à la mobilisation de tous, elle rejette dans le même temps les initiatives actuelles de la filière pour améliorer ses pratiques (haies trop longues à mettre en place, adaptation des horaires de traitements insuffisants…). La cible de choix de ces militants reste le Système de Management Environnemental du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB). Valérie Mural y voyant carrément « une nouvelle vitrine pour montrer des efforts cosmétiques et surtout ne pas remettre en cause le modèle agricole… »

 

« Il y a zéro sujet tabou, zéro omerta »

 

« Rejeter intégralement le SME, c’est idéologique » tacle le vigneron Bernard Farges, le président du CIVB. « Comme croire que seule la viticulture bio est la réponse aux enjeux environnementaux… C’est une réponse partielle, mais les produits bio ne sont pas moins nocifs. Quand un piéton se fait écraser par une voiture, il se fiche de savoir s’il s’agit d’un diesel. » S’il ne participait pas à ce rassemblement de la préfecture, il a accepté de réagir aux critiques portant sur l’investissement du vignoble bordelais. Et pour lui pas question de modifier le cap : « la filière fait ce qu’elle a à faire. Et elle fait beaucoup plus que ce que certains veulent admettre. » S’il est ouvert à des échanges avec le monde associatif, il reconnaît que « la volonté de ne pas se comprendre est sans doute la seule chose partagée de part et d’autre ». Un constat mi-figue, mi-raisin, alors que l’interprofession semble est au coeur des critiques émises ce premier mars.

 

« Dire que nos pratiques n’ont jamais été aussi bonnes, c’est un disque rayé »

 

Elu de Confédération Paysanne connu pour ses actions à répétition contre le CIVB, le vigneron Dominique Techer joue de nouveau du poil à gratter. Il ne serait même pas loin de s’en flatter s’il n’estimait que la position du vignoble virait à l’inconscience. « Bordeaux se fait désormais pilonner tous les ans. Quand ce n’est pas pour des résidus dans les vins, c’est pour des produits Cancérogènes, Mutagènes et toxiques pour la Reproduction… Maintenant il faut anticiper en faisant front commun. La réputation de Bordeaux est en jeu ! » Estimant que la filière s’est enferrée dans une impasse, il interpelle désormais les professionnels pour lancer un plan B (cliquer ici pour lire sa lettre ouverte, dans les colonnes deFrance3).

« Notre plan, c’est le A » contre-attaque du tac-au-tac Bernard Farges. « Celui que l’on a bâti et que l’on mène depuis des années pour inciter aux changements de pratiques et la réduction des intrants. Cela passe par la formation technique, la diffusion d’outils d’aide à la décision, l’investissement dans la recherche… Et l’implication de l’Etat, en clarifiant sa position sur les Equipements de Protection Individuelle, la transposition des Limites Maximales de Résidus des raisins aux vins, ou l’action sur les vignes en friche pour gérer la flavescence dorée » conclut-il d’un souffle.

 

La campagne phyto s’annonce pesante à Bordeaux dans Actualités RassemblentPre%CC%81f

Accompagnant Marie-Lys Bibeyran, quelques dizaines de manifestants ont été confinés ce premier mars dans les abords de la préfecture de Bordeaux (l’accès à l’esplanade leur étant interdit par les forces de l’ordre). « Cela peut sembler ne pas être grand monde, mais c’est au fur et à mesure de petits rassemblements que l’on fait de grandes mobilisations » estime-t-elle.

 

* : Ces organisateurs sont la Confédération Paysanne, Générations Futures, Vigilance OGM 33, Collectif Alerte Pesticides Léognan, les Amis de la Terre Gironde et Allassac ONGF.

 

 

Incident de Villeneuve-de-Blaye : traitement bio ou conventionnel ?
Le 5 mai 2014, un traitement viticole conduisait à l’intoxication d’écoliers de Villeneuve-de-Blaye. Un incident qui a conduit à un arrêté préféctoral, interdisant tout traitement phyto à moins de 50 mètres d’une école girondine, et à une enquête administrative, dont les conclusions n’ont pas été publiées. Si les représentants de la filière évoquent la responsabilité de traitements bio au soufre, les organisateurs de la marche blanche dénoncent au contraire des traitements conventionnels. Actuellement, le débat se résume à la parole des uns contre celle des autres. Une procédure judiciaire est en effet en cours. Après avoir été classé sans suite, le dossier a été réouvert cet hiver par le procureur apprend-on, sans plus de détails, auprès de la DRAAF.
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