Monsieur le Ministre de l’agriculture,

Nous nous sommes rencontrés le 09 avril dernier, à votre demande, suite à l’intervention du journaliste Paul Larrouturou du petit journal de Canal Plus, lequel vous avez alors remis une copie de ma pétition. Pétition portant sur l’exposition des salariés agricoles aux pesticides, et composée de douze mesures dont je préconise l’application. Lors de notre échange Monsieur le Ministre je vous ai présenté 3 de ces 12 mesures, qui me semblaient les plus urgentes à adopter ; à savoir la communication obligatoire au salarié de la liste des pesticides auxquels il est exposé dans le cadre de l’exercice des tâches qui lui incombent, la prolongation du délai de rentrée de 48h maximum à 48h minimum et la mise en place d’une distance de sécurité entre les tracteurs pulvérisateurs et les salariés présents dans des parcelles mitoyennes. Monsieur le Ministre, durant mon exposé vous avez fait preuve d’une attention et d’une écoute qui m’avaient à la fois émue et redonné confiance en la classe politique et sa capacité à entendre les doléances de la France « d’en bas » et surtout à y répondre. En ce qui concerne les deux premières mesures énoncées vous m’aviez répondu qu’elles étaient envisageables parce que ne nécessitant pas le vote d’une loi mais simplement l’adoption d’un décret d’application, quant à la troisième mesure vous pensiez (et je dois avouer que j’étais d’accord avec vous) qu’elle serait trop difficile à mettre en œuvre sur le terrain, c’est pourquoi vous aviez suggéré la mise en place de « traitements par zones » et de me conseiller de me rapprocher dans cette optique de Mr le Préfet de la Gironde.

Mme Anne-Laure Fondeur, présente tout au long de notre entretien devait reprendre contact avec moi, une fois renseignements pris sur comment procéder pour une mise en place des deux mesures sus citées. Seulement voilà, cela va faire 6 mois et je n’ai pas eu le moindre retour de vos services à ce jour.

J’ai bien eu écho via la presse viticole du fait que la DGAL, qui dépend donc de votre ministère, envisagerait peut-être éventuellement de rendre obligatoire le port d’Equipements de Protection Individuelle par tous les salariés agricoles en dehors du délai de rentrée. Monsieur le Ministre, je ne peux imaginer que cette éventualité constituerait pour vous une solution à la problématique de l’exposition des salariés aux pesticides.

Parce que de solution, elle n’en est pas une !

Les traitements par zones et la prolongation du délai de rentrée auraient pour intérêt de réduire l’exposition aux pesticides, en réduisant le temps de présence des salariés à proximité des tracteurs pulvérisateurs ou du feuillage de la vigne imprégné de pesticides.

Or, le port d’un EPI ne réduit pas le temps d’exposition, mais se résume à une parade présentée comme susceptible de limiter l’absorption des molécules chimiques par la peau.

Encore faudrait-il que cet EPI puisse être porté par les salariés, parce que je vous rappelle Monsieur le Ministre de l’agriculture que les traitements de pesticides ont lieu durant la période estivale du 20 avril au 15 septembre (environ), je vous invite à vous renseigner sur les températures relevées entre ces deux dates sur le bordelais par exemple….

Il sera physiquement impossible de porter ce genre d’équipement pour travailler 8h de rang dans la vigne. Port qui pourrait d’ailleurs se révéler plus dangereux que bénéfique, la transpiration qu’il provoquerait étant susceptible d’accélérer et d’accroître l’absorption des résidus de pesticides par la peau.

Sachant qu’en janvier 2010, l’AFFSET avait publié un rapport sur l’efficacité des équipements de protection indiquant que seulement 10% des combinaisons testées constituaient une barrière efficace et que pour prétendre à une meilleure protection il faudrait que chaque produit soit assorti de sa propre tenue de protection ; il est justifié d’émettre de sérieux doutes quant au véritable caractère protecteur de ces équipements.

Sur le terrain, et c’est quand même là que nous œuvrons nous les salariés agricoles, l’autre crainte que nous avons c’est que l’obligation du port des EPI sonne le glas d’une mesure de protection préexistante que constitue le délai de rentrée, qui n’est pas suffisant mais a le mérite d’exister. En effet, les salariés vêtus d’EPI seront susceptibles d’être envoyés travailler dans des parcelles précédemment traitées et ce sans que le délai de rentrée soit respecté. Ce qui serait plus une régression qu’un progrès dans la prise en considération de la sécurité sanitaire des salariés.

Vous comprendrez Monsieur le Ministre, j’ai de nombreuses raisons d’être inquiète quant aux conséquences de l’adoption d’une telle mesure, et pas seulement parce qu’elle remettrait en cause vos propos tenus lors de notre entretien du 09 avril, qui il est vrai n’engageaient peut-être que moi.

Sachez que je suis tout à fait disposée à vous rencontrer à nouveau, forte des 6750 signatures de ma pétition https://www.change.org/p/r%C3%A9duisons-l-exposition-des-salari%C3%A9s-de-l-agriculture-et-de-l-agroalimentaire-aux-pesticides d’autant plus qu’en préconisant une tenue de protection contre les pesticides vous reconnaissez le risque qu’ils représentent pour la santé, et donc qu’ils peuvent induire des conséquences sur celle-ci, la reconnaissance des maladies professionnelles est justement un autre volet de ma pétition.

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, l’expression de ma haute considération.

Marie-Lys Bibeyran.

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