Lilian Bérillon, pépiniériste : « La filière a recours à des pratiques trop intensives » dans Actualité quote_deb Lilian Bérillon est pépiniériste dans le Vaucluse, à Jonquière, et produit environ 900.000 plants de vigne par an. Il organisait le mois dernier une conférence sur le thème de la qualité du matériel végétal. L’occasion de dénoncer les méthodes de production actuellement utilisées par la pépinière viticole française, et qui seraient responsables, en partie, du mauvais état sanitaire actuel des vignes. Interview. Crédit photo: L Bérillon quote_fin dans Pesticides dans la Presse
Lilian Bérillon, pépiniériste : « La filière a recours à des pratiques trop intensives »

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deb_intertitre VOTRE CONFÉRENCE ÉTAIT INTITULÉE : « LA VIGNE AU 21EME SIÈCLE, RETOUR VERS LE FUTUR » ; EST-CE À DIRE QUE NOUS DEVONS FAIRE UN RETOUR EN ARRIÈRE CONCERNANT LE MATÉRIEL VÉGÉTAL EN VITICULTURE ?

Nous, pépiniéristes, avons une part de responsabilité dans l’état sanitaire actuel des vignes : celles âgées de 20 ans sont déjà bonnes à arracher, tandis que les vieux ceps de cinquante ans se comportent très bien… Désormais, on ne plante plus pour les générations d’après… C’est terminé.

Il faut donc nous remettre en question et amener un « plus » à la qualité de nos plants. Nos pratiques sont devenues trop intensives ; les vignes-mères de porte-greffes et de greffons sont conduites de façons à obtenir un maximum de longueur de rameau ou d’yeux, avec de l’azote, du désherbage chimique, de l’hormonage…Certains ont recours au négoce pour pouvoir assurer l’approvisionnement, ce qui nuit aussi à la qualité. L’objectif aujourd’hui est devenu : avoir un maximum de rendement. Il faut repenser tout cela, remettre en questions nos pratiques !

deb_intertitre COMMENT LES VITICULTEURS PERÇOIVENT VOTRE DISCOURS ?

Très bien. Ils y sont très sensibles, et ce sont les vignerons eux-mêmes, surtout les jeunes générations, qui me font évoluer dans ma réflexion. Leurs encouragements me portent. Mais je dis aussi qu’ils ne se posent pas suffisamment de questions sur la qualité de leurs plants. Il y a un manque de connaissances de leur part sur le matériel végétal et ils n’ont pas suffisamment conscience de ces pratiques.

Une meilleure connaissance leur permettrait d’être plus exigeants, de mettre la barre un peu plus haut. Pour cela, il faudrait que les viticulteurs s’intéressent de nouveau au matériel végétal, qu’ils aillent un peu plus dans leurs vignes…Avec le développement du métier de pépiniériste, ils ont perdu les gestes de sélectionneur et de greffeur qui permettaient d’amener de la diversité dans leurs vignes… Des gestes que les générations précédentes maîtrisaient si bien !

deb_intertitre VOUS NE DEVEZ PAS VOUS FAIRE QUE DES AMIS EN TENANT UN TEL DISCOURS… ?

Ils sont en colère contre moi : mon discours les agace, je suis l’homme à abattre. Je me mets en marge et je serai isolé totalement d’ici peu de temps. Mais je suis têtu et reste convaincu que mes convictions sont les bonnes. Si je peux aider à faire changer les pratiques d’au moins un pépiniériste, alors tant mieux !

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