JUSTICE Marie-Lys Bibeyran se bat pour faire reconnaître le cancer dont est mort son frère comme une maladie profesionnelle…

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Un épandage dans des vignes bordelaises.   – S.Ortola / 20 minutes

Elsa Provenzano

    • Publié le 05.03.2015 à 15:43

Ouvrier viticole à Listrac-Médoc, Denis Bibeyran a appliqué des pesticides sur les vignes pendant vingt ans. Il est décédé en 2009 d’un cancer rare des voies biliaires, à l’âge de 47 ans. Sa sœur, Marie-Lys Bibeyran se bat depuis quatre ans pour faire reconnaître son cancer comme «maladie professionnelle» et qu’une rente soit attribuée à sa veuve par la mutualité sociale agricole (MSA). Une audience devant la chambre sociale de la cour d’appel de Bordeaux s’est tenue ce jeudi matin. Le délibéré sera rendu le 16 avril.

Le dossier est déjà passé devant le Comité Régional de Reconnaissance de Maladie Professionnelle (CRRMP), qui a prononcé par deux fois un rejet.

«Plus l’omerta est féroce et plus je suis déterminée»

Marie Lys Bibeyran se dit très déterminée à poursuivre sa lutte. En cas de délibéré défavorable, elle envisage le pourvoi en cassation et même de saisir la cour européenne des droits de l’homme. Si elle gagne elle espère que cela pourra pousser d’autres victimes à entamer des démarches devant la justice. «Chaque nouveau cas dont j’ai connaissance c’est une motivation supplémentaire. Et plus l’omerta est féroce et plus je suis déterminée», confie-t-elle.

Des produits utilisés par l’ouvrier et interdits depuis 2001

Maître François Lafforgue, qui défend le dossier pour la famille Bibeyran, rappelle lors de sa plaidoirie que la victime a été ouvrier à Listrac Médoc entre 1978 et 2008, et qu’il a donc été exposé pendant 24 ans à l’arsenic et à ses composants dérivés, en réalisant l’épandage.

«Sa maladie, c’est un cancer du foie assez rare qui survient plutôt entre 60 et 70 ans. Et l’exposition à des produits cancérogènes fait partie des facteurs de risque», souligne-t-il.  A partir de 2001, ces produits ont été interdits dans la viticulture alors qu’ils étaient prohibés dans le reste de l’agriculture depuis 1971.

«Une personne saine»

«On n’a jamais de certitude absolue sur l’origine d’un cancer, forcément plurifactorielle, estime l’avocat. On doit démontrer que l’exposition aux produits phytosanitaires est un facteur possible de la maladie et qu’il n’y a pas d’autres facteurs de risques déterminants. Or, c’était une personne saine, il ne fumait pas et n’était pas alcoolique. Il y a donc un faisceau de présomptions graves précises et concordantes.»

L’avocate de la MSA a répondu en pointant notamment qu’il ne prouvait pas «qu’il y ait eu une utilisation de pesticides qui soient des facteurs d’un cancer des voies biliaires».

La viticulture : 2% des surfaces agricoles et  20 % des pesticides utilisés

Paul François, agriculteur était présent à l’audience en tant que président de l’association Phyto Victimes à laquelle Marie-Lys est adhérente. Il évoque une «omerta» sur les effets nocifs des pesticides. «La viticulture représente 2% des surfaces agricoles et mobilise 20 % de l’utilisation des pesticides. Et quand vous touchez à un produit qui représente une manne économique c’est compliqué. Mais il faut comprendre que cela ne peut pas se faire au détriment de salariés qui s’empoisonnent», explique-t-il.

Il reconnaît que les pratiques ont changé et que beaucoup de produits dangereux ont été interdits, même s’il en reste. Les méthodes alternatives existent et font leur chemin parmi les agriculteurs qui doivent s’emparer de ce défi, selon lui. «Et la reconnaissance de maladie professionnelle pour Denis Bibeyran aiderait à cette prise de conscience», conclut-il.

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