Les produits chimiques affectent la santé des agriculteurs qui les épandent, mais aussi des citoyens dont les maisons jouxtent les champs. Le plan de lutte contre les pesticides de Le Foll ne règle pas le problème.

Un fermier épand des pesticides sur un champ de pommes de terres à proximité des habitations, à Godewaersvelde (nord de la France). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)Un fermier épand des pesticides sur un champ de pommes de terres à proximité des habitations, à Godewaersvelde (nord de la France). (PHILIPPE HUGUEN / AF

L’histoire démarre en 1998, dans un bourg près de Lille. Marc et sa famille acquièrent une maison qui donne sur une petite parcelle de champ laissée en jachère par son propriétaire. Mais huit ans plus tard, le paysan prend sa retraite et le nouvel exploitant se montre bien décidé à faire fructifier sa terre : il commence à épandre des quantités massives de pesticides et d’engrais chimiques, dont une partie atterrit dans le jardin de Marc.

Je suis allé voir l’agriculteur pour lui demander d’arrêter, témoigne le riverain. Il m’a répondu ‘Je suis jeune, il faut que je gagne ma croûte’ et n’a rien voulu entendre. »

Ce refus plonge la famille dans un dilemme. Faut-il continuer, en été, à prendre les repas dans le jardin au risque de respirer des produits nocifs ou bien mieux vaut rester enfermés ?

En 2012, la fille de Marc, 12 ans, qui joue dans le jardin, présente soudain des rougeurs partout sur le corps.

Il a fallu la conduire en urgence à l’hôpital. Comme par hasard, mon voisin  avait traité le matin même. Mais comment prouver que c’est sa faute ? »

Le doute profite aux agriculteurs

Le préjudice est en effet bien difficile à faire constater pour les riverains. Nadine Lauverjat, de l’association Générations futures, spécialisée dans la lutte contre les pesticides, explique :

Un arrêté stipule, par exemple, qu’il est interdit d’épandre quand le vent dépasse 19 km/heure, Mais allez prouver, huissier à l’appui, qu’un agriculteur le fait par forts vents ! »

Jusqu’ici dans les procès, le doute a toujours profité aux agriculteurs.

La loi d’avenir pour l’agriculture du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, est la toute première à aborder la question des nuisances subies par les riverains des zones agricoles. Il faut dire que, quelque semaines avant d’être examinée au Parlement à l’été 2014, un fait-divers a rappelé les dangers que ceux-ci encourent : le 5 mai, 23 écoliers de Villeneuve (Gironde) et leur institutrice ont été hospitalisés après avoir été intoxiqués par des pesticides pulvérisés sur les vignes alentour.

Du coup, la loi déclare vouloir encadrer strictement les pulvérisations opérées près des « personnes vulnérables », c’est-à-dire celles qui côtoient écoles, centres de loisirs, maisons de retraite, hôpitaux…

Inhalations intempestives

Mais pour les autres ?, interrogent les ONG comme Générations Futures. Et notamment pour les femmes enceintes, dont on sait qu’une exposition à certains perturbateurs endocriniens (contenus dans les pesticides) peut avoir de graves séquelles pour le développement intellectuel des bébés qu’elles portent ? Rien n’est encore prévu.

Certaines associations réclament pourtant l’implantation de haies protectrices, ou la mise en place d’une distance de sécurité de quelques dizaines de mètres pour éviter ces inhalations intempestives. Mais le ministère, conscient que les paysans détestent les réglementations, ne semble pas excessivement pressé de passer des ordonnances sur ce point.

Marc, lui, ne décolère pas :

Ma fille passe autant de temps dans mon jardin, où elle n’est pas protégée, que dans sa cour de récré ! A un endroit, elle est ‘vulnérable’ et pas à un autre ? »

Depuis quelques mois, il essaie de vendre sa maison… sans, naturellement, évoquer les « petits désagréments » du champs d’à côté.

Ça me fait mal au cœur, croyez-moi, d’exposer d’autres gens aux pesticides, dit-il. Mais ai-je le choix ? »

Arnaud Gonzague

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