PAR CÉSAR COMPADRE

Dans le Bordelais, le château Bardins a accueilli un concours de travail du sol avec des chevaux. Cette pratique ancestrale regagne du terrain

Quitus, Kalin, Samba, Unique ou Tulipe sont là. A 800 ou 900 kilos pièce, ils ne gagneront pas le Prix d’Amérique, mais question travail du sol dans les parcelles de vigne girondines, ce sont des cracks.Trait breton, percheron ou ardennais, ils étaient huit à s’aligner au concours Horse-One, une nouveauté, au château Bardins, aux portes de Bordeaux. Leurs meneurs sont là, charrue d’une main, bride de l’autre. Bichonner, caresser et rassurer est leur quotidien pour mettre en confiance ce gagne-pain quadrupède.

L’objectif du jour : chausser les ceps (remonter la terre à la base pour les protéger pendant l’hiver). Chaque couple rentre dans une parcelle de la propriété et le jury prend note : qualité du travail, maîtrise de l’animal, vitesse d’exécution et respect des souches dans ces rangs étroits. « Plus qu’une compétition, une vitrine pour le retour de ce savoir-faire ancestral dans notre vignoble », précise Ramon Garcia, un des organisateurs. Chapeau sur la tête et verbe précis, il est également un des hommes clefs de ce come-back, avec sa vingtaine de chevaux à Sainte-Foy-la-Grande (est du département), la formation de meneurs et ses prestations dans nombre de propriétés ayant franchi le pas.

 

VIGNES : LES PROPRIÉTÉS HAUT DE GAMME REVIENNENT AU CHEVAL dans Actualité
© Photo Taris Philippe

 

  • En chiffres
    300 hectares sont travaillés au cheval dans le vignoble Bordelais (115 000 ha). Quelque 30 propriétés (chiffre à la hausse) font appel à cette méthode de traction pour entretenir les sols. Il en coûte autour de 60 € HT de l’heure.

Avantage : ne pas tasser les sols

L’entretien des sols est en effet en pleine évolution. Pour des raisons pratiques, les désherbants se sont généralisés des années 60 à la fin du siècle. Loin d’être idéal pour préserver – voir exalter – la vie microbienne. Difficile d’enfanter de grands vins sur du béton inerte. Retour de manivelle depuis, avec le tracteur, sa charrue et d’autres outils tournant et retournant cette terre nourricière.

Une approche désormais dominante, mais qui a un inconvénient : le tassement du sol avec le passage répété des roues des engins.Ceux qui veulent aller plus loin – et qui ont les moyens – réintègrent donc le cheval. Une pratique marginale mais qui gagne du terrain.

 

 dans Alternatives aux Pesticides
© Photo Taris Philippe

 

  • Ils ont réintroduit le cheval
    Latour, Pontet-Canet (Pauillac)
    La Lagune (Haut-Médoc)
    Rauzan Ségla (Margaux)
    L’Escart (AOC Bordeaux)
    Belle Brise (Pomerol)
    Pape Clément (Pessac-Léognan)

À Bardins, sur cette même dernière AOC, Stella Puel se lance.« C’est dans la logique de notre gestion globale. Nous sommes par exemple certifiés ISO 14 001 via le Système de management environnemental (SME) instauré par l’Interprofession (CIVB) », explique cette propriétaire ouverte sur le tourisme et la culture (expositions, théâtre…) pour écouler ses 40 000 bouteilles annuelles.

Devant elle, les concurrents s’appliquent, sous un beau soleil. La tâche est rude et le public attentif, comme Laurence Alias, installée depuis 2008 dans le Médoc, sur 2 ha. « Nous n’avons aucun tracteur sur notre domaine Les Closeries des Moussis, seul notre cheval Jumpa est là. Nous utilisons un mini quad pour pulvériser les produits et lutter contre les maladies. »

 


© Photo Taris Philippe

 

« Le savoir-faire s’est perdu »

Venu de Margaux, Jean-Jacques Lalande a la vista de l’expert. Via sa marque Horse-One (qui parraine le concours), son entreprise Agivit 33 développe une gamme de matériel spécifique aux équidés.« Le savoir-faire s’est perdu. Nous imaginons par exemple un outil pour remonter les fils de palissage. Cela ferait un mois supplémentaire d’activité pour ces meneurs qui n’exercent que de mars à novembre pour le travail du sol. »

La matinée s’achève et le verdict tombe : Sophie Maerten a le sourire de la victoire. « Une agréable surprise. Il est vrai que ma parcelle était plus facile. » Avec Quitus, elle arpente les terroirs de Smith Haut Lafitte, cru classé de Graves. « Installés sur la propriété avec mon mari, qui fait aussi l’hiver du débardage à cheval, nous en avons quatre au boulot », explique celle qui toilettait des chiens jusqu’en 2012. Une nouvelle vie, mais toujours avec les animaux.

C’est également le vœux de Julie Cruchon, 24 ans, récemment formée par Ramon Garcia et venant de Saint-Estèphe, dans ce Médoc où le travail ne manquerait sûrement pas. « Je monte beaucoup à cheval et je veux travailler dehors. Ce n’est pas plus dur que d’autres tâches agricoles. » Un pas franchi par Susana Teixeira, autre candidate du jour venue du Libournais et qui fut 20 ans préparatrice en pharmacie.

Bien des filles font donc les yeux doux à ce métier ressurgit du passé et agréable à voir. Marcher 8 à 10 km par jour derrière un attelage ne les effraie pas. C’est peut-être aussi ça l’amour des bêtes.

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2 Commentaires

  1. infomedocpesticides

    11 novembre 2014 à 21 h 02 min

    Attention, ces propriétés viticoles bien que promouvant le retour au travail de la terre avec l’équidé ne pratiquent pas pour autant la viticulture biologique!
    Il faut également tenter de faire la part entre les véritables intentions de changer ses méthodes de travail et le simple coup de pub !

    Répondre

  2. VIGNES : LES PROPRIÉTÉS HAUT DE G...

    11 novembre 2014 à 2 h 48 min

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