Témoignages de mères de famille riveraines de zones agricoles traitées aux pesticides.

2 novembre 2014

Témoignages

 

Témoignages de mères de famille riveraines de zones agricoles traitées aux pesticides. dans Témoignages victime_pesticides_temoignage_mere

Anonyme: « J’habite dans un village en Isère. En Octobre 2006, mon fils est tombé malade (leucémie). Nous habitons à proximité d’une parcelle d’environ 1 ha pulvérisée à cet herbicide très connu une fois par an. Nous sommes à distance d’environ deux mètres de la parcelle. Mon fils, en 2006 était en petite tenue et regardait le tracteur pulvériser agrippé au grillage…

Fin 2007, début 2008, nous avons informé la mairie des dangers des pulvérisations et ils ont été très réceptifs… Il a reçu à plusieurs reprises l’agricultrice, sans succès… Après contact téléphonique, elle nous a dit qu’il n’y avait aucune négociation possible, qu’elle continuerait à faire comme elle faisait, et que les pesticides n’étaient nullement en cause dans la maladie de notre fils… Dans l’impasse, nous avons décidé de faire signer une pétition que nous avons envoyé à Monsieur le Maire, Monsieur le Conseiller Général, à la D.A.S.S. ainsi qu’à l’association SERA (Santé Environnement en Rhône-Alpes) qui a tenté d’expliquer la situation auprès de Monsieur le Directeur de la DRASS. Et également à Monsieur le Préfet afin qu’il puisse faire un Arrêté pour cesser les pulvérisations… Nous avons seulement reçu un courrier émanant de Monsieur le Conseiller Général (M. Vallini) qui demandait à Monsieur le Maire de faire ce qui était dans ses attributions pour régler cette situation. Dans l’impasse à nouveau, nous avons organisé une manifestation afin de faire cesser les pulvérisations. Les journalistes locaux étaient présents ainsi que M. Le Maire. Finalement, depuis, M. le Maire a de nouveau rencontré l’agricultrice, qui a dit verbalement qu’elle ne pulvériserait plus, mais qui utilise tout de même des semis enrobés et des engrais… Ce qui est quand même moindre mal, même si dans l’absolu, ce n’est pas l’idéal pour la planète….
Je souhaiterais juste ajouter que durant toute cette « affaire » et malgré notre demande insistante, nous n’avons pas pu obtenir du corps médical, un certificat qui aurait pu influencer plus rapidement les agriculteurs en question. Nous avons demandé au pédiatre qui le suivait, au Professeur du service de l’Hôpital ainsi qu’à un médecin généraliste du coin si il pouvait nous faire un certificat attestant de la fragilité de santé de notre enfant et que de l’exposer à nouveau à des sources mutagènes, dont les pesticides font partie, présentaient un danger pour son avenir, sachant que la rémission ne sera considérée comme effective que 5 ans après le traitement… En attendant toute rechute risque d’être fatale. Rien n’a été signé de la part de cette agricultrice qui peut recommencer à nouveau ses pulvérisations comme bon lui semble puisqu’il n’y a aucune loi qui lui interdise les pulvérisations. Mais je suis tout de même contente qu’il y ait eu une une prise de conscience de la part de la commune qui est passée « commune sans pesticide » depuis… »


Chantal (Indre)« J’habite dans un lieu dit composé de 9 maisons dans l’Indre à la limite de la champagne céréalière berrichonne. Les champs traités sont omniprésents aux alentours et les premiers se situent à environ 60 mètres de ma résidence. La culture intensive a remplacé petit à petit l’ancien bocage, la monoculture s’étale dorénavant à perte de vue.

 

En avril/mai quand le ciel est clément, les agriculteurs passent tous les jours. La gêne n’est occasionnée que le soir quand l’humidité apparaît, très rarement dans la journée quand le traitement a lieu. L’air est alors irrespirable tant les nuisances olfactives sont importantes.

 

Je ne connais pas les agriculteurs et je ne m’aviserais pas à leur dire quoi que ce soit, je pense que je serais mal reçue. Ils sont en terrain conquis, la terre leur appartient ! En conséquence j’ignore quels produits sont concernés. J’ai tout de même constaté que celui qui me créait le plus de problèmes était celui utilisé sur le colza, c’est le plus irritant et le plus odieux au niveau de l’odeur. J’ignore si c’est un insecticide, un fongicide ou un herbicide.

 

Lors des traitements c’est un préjudice physique immédiat – irritation des yeux, de la gorge et mal de tête. Si je rentre ou je m’isole, les symptômes disparaissent avec le temps. Sur le long terme, j’ai développé, depuis 2001 date d’arrivée en Berry, des sinusites chroniques avec écoulement nasal qui m’affectent toute l’année ainsi que des bronchites asthmatiformes l’hiver. A ma connaissance d’autres personnes sont affectées par les mêmes symptômes.

 

Avec l’exaspération qui monte d’année en année, j’ai finalement décidé d’agir en étant plus militante que procédurière. Donc ni constat d’huissier, de Maire ou de gendarmerie pour étayer mes propos. Je suis gênée quand je suis dans ma cour chez moi c’est certain mais d’une manière générale je le suis quand je me déplace en voiture en soirée (j’ai d’ailleurs un masque dans ma voiture et pas pour la grippe A !). L’air est imprégné de ces substances nocives et mortifères où que vous soyez, elles ne s’arrêtent pas à la limite des champs traités. C’est un problème global de pollution de l’air en milieu rural qui ne peut être rattaché à une exploitation ou un agriculteur en particulier. C’est une multitude de polluants qui créent ce problème et plus particulièrement certains plus actifs.

 

Il est important que ce message soit relayé aux autorités afin qu’elles légifèrent sur ce sujet crucial de santé publique. Je ne recherche pas une indemnisation financière quelconque, non, tout ce que je veux c’est que ce système dangereux et irrespectueux cesse pour le bien de tous. »

 

 

 

 


Chantal (Bretagne): « Nous habitons à la campagne depuis une quinzaine d’années, entourés de champs. Notre propriété est délimitée par des talus arborés ou simplement de haies d’arbres et arbustes. Les champs se situent à une dizaine de mètres.

 

Fin 2003, l ’ancien agriculteur a pris sa retraite. Le 13 juin 2004, le nouvel agriculteur a pulvérisé sur son maïs, un mélange de 3 produits herbicides récents. Le soir même, nous avons commencé à présenter des symptômes que nous ne connaissions pas. Nous étions «cernés» par le maïs: des champs au nord, au sud, à l’est et à l’ouest.

 

Les « traitements » sont variables, en fonction des cultures, la majorité étant au printemps (fin février jusqu’à mi-juin, au moins une fois par mois) puis fin août et septembre. Nous avons réalisé fin 2006 que nos problèmes avaient un rythme: celui du calendrier agricole… En particulier, l’ensilage du maïs (octobre) nous perturbe grandement, au moins autant que les pulvérisations.

 

Nous n’avons jamais la moindre information de la part de l’exploitant. En 2004, nos demandes se sont soldées par la rupture de dialogue avec lui. Il nous a grandement répété qu’il «savait ce qu’il faisait», et comme nous n’étions ni bretons ni agriculteurs, nous n’avions rien à dire. Nous avions alors tenté d’obtenir une réponse par la maire de l’époque (exploitante elle aussi) mais sans réponse. Nous avons donc sollicité le conciliateur de justice par trois fois (à l’époque nous souhaitions innocemment obtenir le nom des produits pour pouvoir bénéficier de l’antidote…), sans plus de succès. Ce n’est que 15 mois plus tard que nous avons eu le nom de 2 produits sur 3 par la juge d’instruction.

 

A présent, je me retrouve avec des problèmes cognitifs, neurologiques, visuels, olfactifs, cardiaques, respiratoires, dermatologiques, endocriniens avec des organes comme le foie et les reins fatigués; ces problèmes sont diversement augmentés lors des périodes à risques (aux urgences quelquefois), avec pour constantes le cœur qui s’emballe, maux de tête violents, problèmes cutanés, problèmes respiratoires, plus de force musculaire, suées, œdèmes des yeux, envie de vomir, peu d’appétit. Mon mari souffre dans les périodes de « traitement » de son estomac, d’hypertension, de difficultés respiratoires, de douleurs musculaires et articulaires en plus de problèmes amnésiques depuis fin 2004 qui vont s’aggravant. Nous n’avons pas de voisinage «proche», néanmoins, il y a beaucoup de cancers divers, Parkinson, Alzheimer, problèmes cardiaques, difficultés à avoir des enfants, etc (dans le village, les anciens disent qu’il n’y a guère qu’une personne par an au maximum qui meurt « normalement »)

 

Fin août alors que le voisin traitait à moins de 25 mètres de notre maison, avec un vent de force 8 dirigé droit sur nous (d’après Météo France), nous nous sommes rendu à la gendarmerie. «Qu’est-ce vous venez f….. ici, vous n’avez qu’à déménager» nous ont-ils déclaré, en indiquant aussi qu’ils n’étaient pas là pour régler ce genre de problèmes. Le Préfet a formulé des promesses à chacun de nos courriers, mais dans les faits, rien, ni personne, ni aucune enquête comme promis. Le maire était lui aux abonnés absents. Ainsi, fin 2004, commençant à nous inquiéter des absences de l’Etat à nous protéger et sur les conseils sur l’Association de défense des victimes des pesticides agricoles, nous avons porté plainte mais la juge d’instruction nous a accueillis comme des malfaiteurs, a bâclé son analyse, s’est considérée comme médecin-expert pour comprendre mon dossier médical, et a dédouané nos voisins de toute responsabilité au printemps 2006. La lettre adressée au ministère de l’agriculture début 2007 est restée lettre morte. Aucun service de l’agriculture, des affaires sanitaires, de l’environnement n’a daigné répondre à nos courriers.

 

 

Nous avons appris à nos dépens que rien n’existe pour protéger le citoyen français, ni le citoyen riverain d’un agro-chimi-culteur, ni l’environnement. Comment se fait-il que l’usage des pesticides soit ainsi banalisé par des commerciaux jusqu’à les rendre inoffensifs aux yeux des agriculteurs?

Jean Rostand «l’obligation de subir donne le droit de savoir» »

 


Françoise (Normandie): « En mars 2002, je vivais à la campagne dans le bocage virois, entouré de champs de cultures conventionnelles. Tous les jours il fallait supporter ces divers traitements et pendant 3 jours consécutifs j’avais eu des crises d’asthme liées à leurs manipulationsUn traitement spécifique de petits pois, effectué alors que mes draps étaient étendus dehors pour sécher, a entrainé des conséquences importantes. Le produit devait s’utiliser par vent n’exédant pas 6 km/h et ce jour il avoisinait les 60 km/h.

Mon lit a été refait avec ces même draps et à leur contact une forte crise d’asthme s’est déclenchée et ne s’améliorait pas avec le traitement habituel, au contraire. Des diarrhées et des vomissements ont commencés puis très vite le coma s’est installé, malgré l’intervention très rapide du SAMULe coma aura duré 12h. Il en a résulté 10j d’hospitalisation dont 2j en soins intensifs au CHU de Caen.

Cet emploi de produits dangeureux a eu pour conséquences, non seulement une atteinte à la vie d’autrui mais aussi un coût de 5 085,60 € soit 4 978,90€ à la charge de la sécurité sociale et 106,70€ à la mienne. A ceci s’ajoute les frais occasionnés par l’intervention des pompiers et du SAMU. Cela aide aussi au déficit de la sécu !!!!! Sans parler du calvaire quotidien des malades.

A la suite de l’hospitalisation un traitement important a été installé avec surveillance quotidienne de mon débit expiratoire (au peak flow). De plus je devais toujours avoir, lors de mes déplacements, une trousse d’urgence particulière avec conduite à tenir en cas de crise et porter un masque (type 3) même dans mon logement si je voulais ouvrir portes et fenêtres. A l’école de l’asthme, mon mari a dû prendre des cours pour pratiquer des injections en cas d’urgence.

Ceci a duré tout le temps que j’ai vécu dans la bocage virois (3 ans ½), en attendant de pouvoir obtenir un logement dans un région de Normandie beaucoup moins polluée par l’agriculture conventionnelle. Ce changement fut envisagé sur le conseil du professeur du CHU de Caen qui me suivait et je garde dans mes papiers, lors de mes déplacements, ma carte d’asthmatique.

Depuis cet accident respiratoire, je suis devenue très sensible aux produits chimiques de tous genres (aérosol, cigarettes, parfums d’ambiance, produits d’entretien et de lavage, bougies parfumées…), et cela nuit énormément à ma vie sociale. »

 

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