Soyaux : les pesticides, le terrifiant constat des médecins

Plus de 300 personnes ont assisté à la conférence sur «Santé et pesticides»,

jeudi à Soyaux. Un échange constructif entre médecins, agriculteurs et citoyens.

Le Docteur Périnaud, en pointe sur la question, a co-animé la soirée-débat.
Le Docteur Périnaud, en pointe sur la question, a co-animé la soirée-débat.. PHOTO/Majid Bouzzit

« La conclusion, c’est qu’il faut tout changer. Tout le système, du début à la fin. Et que le consommateur prenne aussi conscience de la réalité. » Président de la chambre d’agriculture de la Charente, Xavier Desouche, viticulteur et agriculteur, n’a pas esquivé la conférence-débat sur les pesticides jeudi soir, à Soyaux. Une conférence qui a fait le plein: 300personnes se sont déplacées pour écouter les docteurs Pierre-Michel Périnaud et Michel Mazet faire un état des lieux de la recherche sur «Santé et pesticides, santé et perturbateurs endocriniens», à l’invitation du comité vigilance OGM et pesticides.

Pas la peine de se voiler la face: c’est un paysage noir, très noir, sur une problématique aiguë en Charente, qu’ont brossé les deux professionnels de santé à l’origine de l’appel national des médecins contre les pesticides. Une soirée passionnante, parfois terrifiante, mais qui aura permis de créer un lien entre citoyens interpellés par cette problématique et agriculteurs.

Deux camps face-à-face

Car ils étaient plusieurs, professionnels de la terre, à avoir pris place dans l’espace Matisse. Sur la réserve au départ, un brin agressés à un moment, se sentant montrés du doigt, relégués au rang de «pollueurs». « Alors que notre métier, c’est de nourrir les gens et j’en suis fier« , a tenu à rappeler Christian Dagnaud, agriculteur conventionnel.

Il a répliqué: « Vous nous accusez pour les pesticides! Mais vous ne parlez jamais des médicaments toxiques que vous prescrivez aux gens. » La salle n’a guère apprécié. Mais la diplomatie de Pierre-Michel Périnaud a permis de tendre un pont entre les deux camps:  »Vous avez raison. Ce ne sont pas les agriculteurs que nous accusons. C’est la chimie. Toute la chimie. Au même titre qu’elle manipule la médecine, elle manipule l’agriculture. » La main tendue a été reçue en partie.

Des études de toxicité qui prêtent à caution

Xavier Desouches: « Ce que disent ces médecins sur les autorisations de mise sur le marché, c’est terrifiant et anormal. Il faut tout revoir. » Terrifiant. Le terme n’est pas galvaudé. Leucémies, Parkinson, gliomes, tumeurs cérébrales, infertilité, malformations, cancers de la prostate. Les études sont là, montrent les dangers pour les agriculteurs, leurs salariés, les riverains, les enfants.

Au-delà du lien maladie et pesticides, les deux médecins ont surtout montré la perversité d’un système qui laisse aux firmes de l’agrochimie le soin de réaliser elles-mêmes les études de toxicité de leurs produits pour obtenir des autorisations de mise sur le marché. Auprès des labos de leur choix, qu’elles rémunèrent elles-mêmes. Les agences sanitaires n’ont plus qu’à valider. Et pas question de contre-expertise: les études et leurs résultats sont classés «secret industriel».

Des victimes de substances toxiques

Xavier Desouches: « Ce système, ce n’est pas normal. Ce devrait être aux pouvoirs publics de faire les tests de toxicité. » Ce qui semble très logique. Sauf dans un monde qui brasse des milliards, où les firmes peuvent financer des études qui disent exactement le contraire des études scientifiques financées sur fonds publics, histoire de noyer le zozo dans le glyphosate. « Le glyphosate d’ailleurs, il y a trente ans, on nous disait qu’on pouvait le boire au verre et qu’il était biodégradable à 99%. Aujourd’hui, on sait que c’est faux », dénonce Xavier Desouches.

C’est faux, c’est dangereux. Mais combien de victimes? Combien d’enfants malades?  Combien de molécules sur le marché alors qu’elles sont bien classées CMR, c’est-à-dire «Cancéreuses, mutagènes et reprotoxiques»? Derrière les chiffres, il y a des hommes, des femmes. C’est ce qu’a aussi rappelé la soirée de jeudi.

Avec le témoignage, la gorge nouée, de Didier Sardin, dont le fils, mécanicien agricole intoxiqué à Montembœuf, est mort en août 2013. Celui de Jacky Ferrand, dont le fils de Gondeville est aussi mort, laissant deux orphelins derrière lui. Celui de cette Charentaise aussi, désormais veuve et mère de trois enfants, qui a pris la parole en fin de soirée et dont le mari, agriculteur, est mort en mars. Elle est là, aussi, surtout, la réalité.

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