LE PLUS. Marie-Lys Bibeyran a perdu son frère en 2009. Pour elle, cela ne fait aucun doute : son décès est dû à une surexposition aux pesticides. Il était employé dans un vignoble depuis plus de 20 ans. Marie-Lys, également ouvrière agricole, a lancé une pétition pour faire reconnaître la responsabilité des produits chimiques. Elle témoigne.

Saignements de nez, angines : les pesticides ont tué mon frère, j'en suis persuadée. dans Collectif Info Médoc Pesticides dans la Presse 4741407422254

Un employé agricole dans un vignoble du Minervois dans le Languedoc-Roussillon, le 28/06/14 (P.PAVANI/AFP)

 

Je suis employée saisonnière dans les vignes depuis que j’ai 16 ans en Gironde. Comme tout le monde dans la région, j’ai commencé à y travailler pour me faire un peu d’argent de poche et financer mes études. Je ne fais plus que ça depuis 2003.

 

J’ai souvent des problèmes de peau

 

Entre avril et septembre, j’ai souvent des problèmes cutanés. Je souffre de démangeaisons et de gêne respiratoire lors d’expositions aiguës. Certains saisonniers sont même atteints de maladies chroniques, qui n’apparaissent pourtant généralement qu’après 40 ans.

 

Je ne manipule pas les pesticides directement, j’interviens uniquement sur des parcelles ayant été traitées 48 heures auparavant, mais je suis exposée quotidiennement aux pulvérisations des parcelles voisines. Il suffit en effet qu’un tracteur travaille à proximité et qu’il y ait un coup de vent pour que je sois exposée.

 

Lorsque nous sommes dans les vignes, nous bénéficions d’une protection sommaire. Je mets pour ma part systématiquement une paire de gants, mais celle-ci n’étant pas obligatoire, de nombreux jeunes collègues n’en mettent pas du tout. Par ailleurs, nous travaillons le plus souvent en tee-shirt. Par ce temps, se mettre en manches longues serait intenable.

 

L’exposition des personnes qui ne manipulent pas les produits n’est pas considérée. La visite de la médecine du travail – que je n’ai d’ailleurs jamais eue – est très sommaire. On nous demande si on consomme de l’alcool et si l’on fume, mais aucune mention n’est faite de notre exposition aux produits chimiques.

 

Les pesticides ont tué mon frère, j’en suis persuadée

 

Mon frère, lui, a payé cette exposition au prix fort alors qu’il n’avait que 47 ans. Il est décédé d’uncancer des voies biliaires intrahépatiques en octobre 2009.

 

Il a travaillé de janvier 1984 à novembre 2008 chez le même employé, où il était exposé aux produits chimiques continuellement, puisqu’il était chargé à la fois de les préparer et de les diffuser sur les vignes. Durant les saisons estivales, tous les ans, il saignait du nez systématiquement et avait une grosse angine.

 

Aujourd’hui, je suis persuadée que son décès et lié à ça, même si rien n’a pour l’instant été prouvé. La procédure que j’ai engagée en 2011 pour faire reconnaître sa mort comme un accident de travail est longue et compliquée.

 

Depuis sa disparition je me bats pour obtenir la reconnaissance post-mortem de son statut de victime des pesticides. Et par mes actions de militante, je souhaite informer sur les risques liés à l’exposition aux produits chimiques.

 

Pour une transparence sur l’exposition aux produits

 

J’ai lancé une pétition dont l’objectif est d’obtenir l’adoption de mesures urgentes qui permettront de réduire l’exposition des salariés agricoles à ces pesticides. Cette mesure est nécessaire, et rapidement, en attendant que ces poisons soient interdits.

 

Il est indispensable de rendre obligatoire pour l’employeur la publication annuelle des produits chimiques auxquels les salariés ont été exposés. Cette mesure existe dans le Code du travail, mais uniquement pour la fin de contrat. Or, dans le cas d’un employé qui resterait plus de 10 ans au même endroit, il est impossible d’obtenir une liste complète de ces pesticides. Bien souvent d’ailleurs, les employeurs ne la font pas.

 

Pourtant, cette publication permettrait à un salarié malade d’avoir une traçabilité de son exposition, chose indispensable pour faire un lien entre son état de santé et son travail.

 

La collaboration entre le médecin du travail, l’employeur et le salarié doit évoluer, afin que ce dernier ne se retrouve pas seul face à la procédure, et puisse par ailleurs bénéficier de l’indemnisation intégrale du préjudice subi s’il est lié à son emploi.

 

L’ampleur des dégâts causés par l’amiante doit nous servir de leçon. Il ne faut plus perdre de temps et anticiper pour ne pas faire d’autres victimes.

 

Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec.

 

Pétition de Marie-Lys Bibeyran à retrouver ici sur Change.org.

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