L es médecins du CHU de Montpellier (Hérault) voyaient 15 fillettes touchées par la puberté précoce en 1993, plus de 100 en 2013.

Mardi dernier, deuxième consultation de la matinée, dans le service de pédiatrie du CHU de Montpellier, à l’hôpital Arnaud-de-Villeneuve. Charles Sultan, Laura Gaspari et Emilie Morcrette font face à Emma (1), 9 ans, et sa mère. L’équipe a les résultats des analyses nécessitées par des signes de puberté précoce apparus très tôt chez la fillette, un développement des seins codé “S3” « celui d’une enfant de 13 ans », précise Laura Gaspari. Lors d’une consultation précédente, la mère a été alertée sur l’origine de problème, l’impact probable des polluants environnementaux. « Ça a commencé quand elle avait 7 ans », rappelle la maman, depuis peu dans la région.

« J’étais comme elle quand j’avais 14 ans »

Les garçons moins touchés

L’âge de la puberté a avancé d’environ un an depuis le milieu du XXe siècle, sous l’effet de l’amélioration des conditions de vie : aux États-Unis comme en Europe, elle commence en moyenne à 10 ans et demi chez les filles, à 11 ans et demi chez le garçon. La puberté précoce est un autre phénomène, constaté essentiellement chez les filles (6 filles pour un garçon) qui se manifeste avant l’âge de 8 ans. Quasiment aucun continent ni pays n’y échappe, le phénomène a été décrit en Europe comme aux États-Unis dans les pays nordiques, en Amérique du Sud, dans les pays en voie de développement.

Mesure de l’activité de l’hypophyse, bilan osseux et échographie pelvienne le confirment : « Les trois examens montrent que votre fille a commencé sa puberté ». La gamine, scolarisée en CM1, ne se dit pas particulièrement gênée. Sa mère évoque un comportement agressif, des impatiences, de l’impertinence. « J’étais comme elle quand j’avais 14 ans ». Au centre des inquiétudes : la taille de la petite, 1,29 m, dont l’évolution risque d’être freinée lorsqu’elle sera réglée. Un traitement est prescrit.

Des attentes de jeune fille avec une tête de bébé

Plus tard dans la journée, Lisa, 9 ans, et sa mère ont rendez-vous avec les médecins. La petite avait 7 ans et demi quand ses poils pubiens ont commencé à pousser, là, « elle ne devrait pas tarder à être réglée », affirme la mère. Mais pour elle, « ce n’est pas tant un problème de poils ou de règles ». Plutôt le fait que Lisa « a des problèmes et des attentes de jeune fille avec une tête de bébé. Je suis effrayée », avoue la maman.

Quant à Béatrice, également suivie dans le service de pédiatrie du CHU de Montpellier, elle arrive désormais à « relativiser » à force de dialogue et de discussion, après avoir « paniqué » aux premiers signes de puberté de Charlotte, 8 ans et demi. Développement des seins, cheveux gras, poils, pertes vaginales… « Elle se pose plein de questions mais elle le vit bien. C’est encore une enfant et elle est dans des trucs de petite fille, on fait des câlins… Je la préserve ». La famille a traqué les polluants dans son environnement. « On est très vigilant, on s’est demandé pourquoi nous ? ».

« L’impact est médical, sociétal, psychologique, social, comportemental »

Ce sont pourtant eux, pesticides mais aussi phtalates, phénols et autres polluants environnementaux (lire ci-dessous) que mettent en cause les scientifiques dans l’évolution préoccupante des pubertés précoces. Une réalité rappelée à l’occasion du congrès national de la société française de gynécologie de l’enfance et de l’adolescence organisé, il y a trois semaines, à Montpellier.

« On a analysé tous les dossiers de puberté précoce du service depuis vingt ans. Avec un nombre de consultations stable, 3 500 par an, on est passé de 8 cas de puberté centrale et 8 cas de puberté périphérique (2) en 1993 à 50 cas de puberté centrale, et 60 périphériques », observe Charles Sultan, spécialisé en endocrinologie pédiatrique. Sur les deux premiers mois de 2014, un total de 51 nouveaux cas est déjà recensé. Ses collègues de Toulouse et Bordeaux font le même constat.

Qui « entre en puberté plus tôt entre en sexualité plus tôt »

Seule, la puberté précoce peut être traitée par des injections d’hormones, un inhibiteur, la GnRH. En revanche, « on ne peut rien faire contre la puberté périphérique ». L’impact est « médical, psychologique, social, sociétal et comportemental », précise le médecin qui rappelle qu’une fille qui « entre en puberté plus tôt entre en sexualité plus tôt ». Avec des conséquences parfois dramatiques : « J’étais cet hiver aux Antilles. Le recteur de l’île m’a avoué que pour la première fois de sa vie, il avait cinq cas de grossesse chez des gamines de primaire ».

(1) Les prénoms ont été modifiés.
(2) La puberté centrale concerne tous les aspects de la puberté, elle est déclenchée dans le cerveau. La puberté périphérique est un développement sexuel secondaire, souvent des seins.

 

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